Coup-franc : ivresses du cinéma sud-coréen

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Deuxième chapitre, après le « Jeune cinéma français des années 90 », de notre parcours des cinémas ayant « motivé » la critique de ces vingt dernières années : la Corée du sud, pourvoyeuse d’auteurs à l’aura désormais internationale.

Chose promise… Il fut convenu, lors de notre retour en début d’année sur le « Jeune cinéma français des années 90 », de revenir ponctuellement sur d’autres cinématographies ayant su stimuler la critique durant ces dix ou vingt dernières années, par leur fraîcheur, leur audace, l’affirmation progressive d’auteurs désormais incontournables à l’échelle internationale. C’est à partir de ce souci, cette impulsion qu’est né le projet du présent Coin du cinéphile, se recentrant comme le précédent moins sur un film clé de chaque auteur que, sinon l’ensemble, au moins la part la plus identifiable de leur filmographie.

Ainsi, Im Kwon-taek, artisan cinéaste tardivement révélé au public européen par le biais de la sélection de Mandala à la Berlinale de 1982 – film inédit dans nos salles – reste-t-il aujourd’hui encore, malgré une belle reconnaissance critique, un certain succès public et un Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2002 un cinéaste à l’œuvre aussi pléthorique (100 films en 45 ans) que méconnue (seuls 4 de ses films ont été distribués dans les salles françaises depuis La Chanteuse de Pansori en 1995, de rares autres ayant été projetés dans le cadre de rétrospectives ou à la Cinémathèque). Là où Hong Sang-soo, vu par une grande partie de la cinéphilie comme l’héritier le plus doué de Rohmer, enchaîne les films depuis dix ans, de plus en plus précaire en termes de moyens, distribué de manière très confidentielle, mais bénéficiant de l’assurance d’une exposition cannoise quasi systématique (The day he arrives à Un certain regard cette année).

Son presque homonyme, Im Sang-soo, après s’être imposé comme une valeur sûre au milieu des années 2000 à travers trois films d’importance (Une femme coréenne – 2004 ; The président last bang – 2005 ; Le Vieux Jardin – 2007), semble quant à lui perdre de sa superbe avec The housemaid (2010), se complaisant un peu dans un systématisme des effets de mise en scène ne laissant pas augurer de très beaux lendemains. Question du systématisme qui ne pouvait par ailleurs pas être esquivée, à l’évocation du cinéaste sud-coréen le plus prolifique de la dernière décennie, mais sans doute aussi le plus mal aimé (pour quelques bonnes raisons soulignées dans notre article, lui rendant néanmoins justice) : Kim Ki-duk. Désamour relatif, si l’on n’oublie pas le cas Park Chan-wook, sensation de Cannes 2004 avec un Old Boy vu pour beaucoup comme une « palme manquée » au profit du Fahrenheit 9/11 de Michael Moore. La folie furieuse mêlée de maîtrise faisant office de signature à l’auteur de Thirst, ceci est mon sang (2009), si elle s’impose comme l’un des gestes cinématographiques incontournables de ces derniers temps, n’en reste pas moins sujette à caution.

A rebours de ces cinéastes encore très discutés, trois autres semblent a contrario – presque – faire l’unanimité : Bong Joon-ho (Memories of murder, The Host, Mother), Lee Chang-dong (Pepermint candy, Secret sunshine, Poetry) et Kim Jee-Woon (Le bon, la brute et le cinglé). Signataires de films d’auteur à forte vocation populaire (The Host reste le plus grand succès commercial du pays), ces derniers fascinent de film en film par une certaine constance, une conviction très lisible dans leurs choix de mise en scène qui, s’il est encore trop tôt pour se prononcer quant à leur prospérité, confirment au moins une peu contestable présence sur l’échiquier du cinéma mondial. A nous, aujourd’hui par le biais de cet ensemble, demain à travers nos critiques, de ne pas les perdre de vue.


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