Vampires

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Des vampires en Belgique ? Ils n´ont évidemment pas le glamour de leurs collègues américains et, les canines acérées en moins, ils nous ressemblent énormément. Et pas pour le meilleur…

Chaque phénomène de mode a ses détracteurs. Mais plus encore, il a aussi le revers de la médaille : un petit malin qui s’amuse aux dépends du blockbuster. En pleine mouvance de revival du film d’horreur (soft) à la fin des années 1990, on avait vu débarquer Le Projet Blair Witch qui n’a rien inventé et connaît bien ses classiques (La Féline de Jacques Tourneur en tête), mais surfe sur l’esprit de l’époque et les codes du genre. Après l’invasion Twilight I,II et III(et bientôt IV), et ses dérivés destinés à toucher une autre part de marché… euh pardon de public (L’Assistant du vampire, Jennifer’s Body…), voici le contrechamp belge du film de vampires : « ni branchés, ni sexy, ni puceaux… » titre l’affiche. Ici les circonvolutions autour de la morsure viennent plutôt d’un vampire abruti qui ne sait pas où se trouve la carotide extérieure plutôt que de la métaphore alambiquée d’une Amérique à la recherche vaine d’une pureté retrouvée (plus de sang !).
 
Sous la houlette de Vincent Lannoo, les vampires nous apparaissent par la lorgnette du petit écran à mi-chemin entre Strip-tease (le côté voyeur et le regard décalé et comique) et Vis ma vie (le côté voyeur et le regard vulgaire). Après deux tentatives malheureuses (pour les équipes techniques), une chaîne de télé parvient enfin à envoyer une équipe tourner un documentaire sur une famille de la communauté vampirique de Belgique. La forme du film adopte totalement le format du show télévisé entre interviews et scènes de la vie quotidienne prises sur le vif. On y découvre les us et coutumes de cette peuplade qui cristallise en son sein toutes les tares de la société contemporaine : crise d’adolescence, violences urbaines, pédophilie, mère infanticide, inceste… Vampires pourrait d’ailleurs devenir une source d’information précieuse pour un gouvernement qui ne sait plus trop quoi faire de certains éléments du corps social. Les vampires comme réponse idéale à bon nombre de « problèmes » (l’immigration, la retraite…)?
 
 

« Papa ! J’arrête pas de me limer les dents et ça repousse… »

Lannoo tape en plein sur le côté voyeuriste de la télévision et de ses spectateurs. Sous le vernis de la comédie, il aborde avec simplicité des thématiques pas si éloignées de celles d’un Haneke ou d’un Von Trier. Dans les séquences dialoguées, l’humour est noir et le rire jaune ; la violence cesse vite d’être drôle et place le spectateur dans une position inconfortable (une scène de massacre pas si joyeuse, le lattage d’un hémiplégique…). En quelques séquences, Lannoo parvient à déplacer le sujet d’un pseudo documentaire (un regard sur l’autre) à une interrogation sur notre propre regard et notre position de spectateur. La télévision, et donc la société, apparaît comme essentiellement nécrophage, à même de fournir quotidiennement de la viande fraîche à son client.

L’une des forces du film est de mêler format télévisuel et format cinématographique. Le film reprend la forme de l’émission, mais Lannoo parvient à y intégrer un récit linéaire sur la destinée de cette famille. Les péripéties rejouent ainsi en accéléré une certaine histoire de l’Occident. Les vampires apparaissent comme le reflet d’une aristocratie déchue : oisifs, soucieux de leur généalogie, sous le joug d’un enfant-roi tyrannique qui envoie des lettres de cachet… Leur départ forcé vers un nouveau monde s’apparente à un déclassement social : ils doivent travailler, se confronter à des règles sociales strictes… Même si au final, cette démocratie ne fait que troquer une tyrannie pour une autre.
 
 

Malgré ses qualités nombreuses, Vampires s’étire en longueur et fait miroiter plus d’idées qu’il n’en contient réellement. Allant à l’encontre du phénomène de mode, il en profite néanmoins nécessairement et au final et il n’est pas certain que la parodie soit d’une grande force subversive. Reste, à défaut d’être brillant, un film fort sympathique qui gratte là où on préfère ne pas trop s’aventurer d’habitude et nous offre une apparition charmante de Julien Doré en fabriquant de cercueil bien beauf.

Titre original : Vampires

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Durée : 92 mn


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