Pierre Etaix a réalisé cinq longs métrages dans les années 60 qui, à l’exception de Pays de Cocagne, se placent dans la droite lignée des comédies burlesques de Buster Keaton, Harold Lloyd, Max Linder ou Charlie Chaplin. Sa rencontre avec Jacques Tati (dont il a été le collaborateur sur le tournage de Mon Oncle en 1958) le conduit assez naturellement à la réalisation de son premier court-métrage, co-écrit avec Jean-Claude Carrière, Rupture, puis Heureux anniversaire, qui reçoit l’Oscar du meilleur court métrage en 1963. Il réalise son premier long, Le Soupirant en 1962, puis Yoyo en 1964, à travers lequel il rend un vibrant hommage au monde du cirque (cinéaste autant que clown, il est le fondateur en 1973 de l’Ecole nationale du cirque avec Annie Fratellini, qu’il a épousée en 1969. On se rappelle également de son rôle dans I Clowns de Fellini, film qu’il déteste au demeurant). Il réalise ensuite deux autres longs métrages, Tant qu’on a la santé (1965), Le Grand Amour (1968), également co-écrit avec Jean-Claude Carrière et enfin Pays de cocagne en 1969. Grand ami de Jerry Lewis, qui le considère comme un génie, il est désormais le seul représentant de la comédie slapstick (1) en France.
Petit rappel des faits
Dans les années 90, Pierre Etaix cède ses droits patrimoniaux, droit de représentation et de reproduction à la société CAPAC. Mais constatant que celle-ci n’assurait pas convenablement l’exploitation de ses films, il préfère ne pas renouveler le contrat, contrairement à Jean-Claude Carrière qui ignorait la décision de Pierre Etaix. Leur mésentente déclenche le premier imbroglio. L’exploitation des films est bloquée pendant dix ans. Une période suffisamment longue pour dégrader le négatif de films déjà vieux. Les deux amis s’en inquiètent alors et en 2002, le Tribunal de grande instance de Paris leur accorde le droit de restaurer les négatifs. Mais la restauration a un coût. Leur avocate, Francine Wagner-Edelman, spécialiste en droits d’auteur leur propose les services de la société Gavroche Productions, gérée par son propre frère, Alain Wagner. Etaix et Carrière cèdent pour la deuxième fois leurs droits en 2004, et sans le savoir, provoquent le deuxième imbroglio : Gavroche Productions s’avère être une coquille vide, une société fantôme.


Malgré un procès-fleuve de plus de cinq ans, à 81 ans, Pierre Etaix qui déclarait se « battre jusqu’à la mort » pour que revive sur les écrans ce patrimoine cinématographique, a été entendu des dieux du cinéma et surtout des juges ! Fin avril 2010, Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière retrouvent pleinement les droits de leurs films. L’imbroglio juridique qui bloquait leur ressortie depuis de nombreuses années est donc bel et bien terminé ! Pas de temps à perdre, le film Le Grand Amour (1969) sera présenté à "Cannes Classics" au Festival de Cannes le 19 mai prochain, en présence de Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière.
Ce film fera partie de l’Intégrale cinéma Pierre Etaix (cinq longs métrages et trois courts, dont un inédit en 2010), restaurée et attendue en salle le 7 juillet prochain, distribuée par Carlotta Films. On trépigne d’impatience !


(1) Terme qui désigne les comédies burlesques ou l’ambiance "tarte à la crème" de certains films.