
Un trombinoscope complet
Une fois tous les parents réunis dans la salle de classe, le récit s’articule sur deux temporalités. Le présent qui voit les différents points de vue s’opposer sur une tonalité de plus en plus violente et menaçante : l’occasion de mettre en exergue une société tchécoslovaque où les catégories sociales bouillonnantes ne contiennent leurs velléités que par crainte de l’œil de Moscou. En alternance, des flash-back viennent alors illustrer et enrichir la présentation des faits. Le regard de Jan Hrebejk se dirige essentiellement vers les familles les plus modestes : simple comptable, famille monoparentale… Une plongée dans l’intimité qui révèle l’ambivalence de ces hommes et femmes, tiraillés par leur conscience mais fortement tentés par le confort de la corruption.
L’enseignante mise en cause qui n’a pas souhaité assister à la réunion s’impose cependant comme l’élément central de la photo de classe. Ses intentions ne souffrent d’aucune ambigüité, générant ainsi toute la force et l’intérêt de son personnage. Imperturbable, possédant toujours un coup d’avance sur son entourage, la séduisante et perfide enseignante sait, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, abandonner son profil tyrannique pour adopter une posture de victime. Mention très bien pour Zuzana Mauréry, dont l’interprétation qui flirte avec le second degré donne naissance à une héroïne adorablement détestable.

Un programme suivi à la lettre
Le soin apporté à la photographie et aux décors atteste de la volonté de présenter un beau témoignage d’époque. L’immersion, parfaitement réussie, séduit par son côté délicieusement kitsch. Mais la structure de l’exposé montre rapidement ses limites. Ainsi, le montage en alternance systématise le scénario : au témoignage d’un parent succède un flashback explicatif. La lente et progressive montée des tensions et la convergence des récits personnels accentuent la dimension programmatique. Rien ne manque dans le développement : la problématique, les hypothèses, la solution. Et pour conclure, l’ouverture sur une époque plus récente où les variables restent inchangées. Même si l’humour dénonce l’absurdité de certaines situations, la satire manque de mordant. A trop vouloir préserver une part d’innocence et de bienveillance, le ton reste trop tiède pour suffisamment écorner tout ce petit monde. Par ailleurs, le peu d’audace de la mise en scène et l’absence d’impertinence rendent cette Leçon de classes trop confortable pour nous secouer.