Festival GRAIN URBAIN

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Interview du fondateur du festival GRAIN URBAIN : Antonin Mechler

Introduction

Parmi les festivals de cinéma se déroulant au cours de l’année, l’un d’entre eux a attiré l’attention d’ilétaitunefoislecinéma. Il se nomme GRAIN URBAIN, et va se dérouler durant une journée à Paris, au cinéma club de l’étoile (14 rue Troyon, 75017) le premier mars 2025. Son créateur, Antonin Mechler, nous a accordé une interview que nous vous partageons maintenant. À la fin de cette dernière se trouvent les liens menant aux informations de l’événement, dont sa billetterie, ainsi que la liste des personnes ayant participé au projet.

Crédit photo : Daphné David / Caroline Schrepfer

Interview

Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

Je suis Antonin Mechler, je suis réalisateur de courts-métrages expérimentaux et de films documentaires, et je suis très heureux d’être là pour parler du Festival GRAIN URBAIN. Toute ma famille a un peu baigné dans l’art et j’ai développé très tôt une sensibilité au cinéma, notamment par le fait que mes parents m’aient offert dès mon plus jeune âge une petite caméra qui m’a permis de faire de premières images.

Une caméra pellicule ?

Non, mais j’aurais bien aimé. J’ai commencé comme ça, à m’amuser en étant petit, et j’ai continué aussi, vers les années collège, à toujours m’intéresser au cinéma, à l’audiovisuel de manière générale. Je m’ intéressais beaucoup aux effets spéciaux. Après le lycée, j’ai fait une licence de cinéma à Strasbourg. J’ai appris beaucoup de choses, surtout concernant la théorie esthétique. J’ai appris à réfléchir au médium cinématographique. Finalement, il me manquait tout un vocabulaire que je n’ avais pas encore à ce moment. Et sur ce point, la fac m’a beaucoup aidé. Actuellement, je suis étudiant en Master « Réalisation & Création » à l’université de Paris 8.

Vous vous êtes formé l’esprit.

Oui. En parallèle, je poursuivais mes projets personnels. Mais ce qui a été aussi déterminant durant mes études, c’est que j’ai fait un stage dans une agence de communication pour commencer à faire des vidéos professionnellement. Après, je me suis lancé en freelance et j’ai commencé à travailler ainsi pour des clients, notamment pour le monde de l’art, des galeries d’art, parfois des fondations…C’est une activité que je poursuis aujourd’hui.

Comment est venue l’idée de ce festival ?

C’est un festival qu’on a initié avec l’association ÉQUIPE CRÉATIVE, qui existe maintenant depuis 2016. C’est une association avec laquelle on structure différents projets, notamment des performances musicales, la production de courts-métrages. ÉQUIPE CRÉATIVE a été fondée par mon frère Thibault Mechler en janvier 2016 avec des amis, dont Thomas Grandjean, Raphaël Mercuri et Victor Merlet, qui sont aujourd’hui membres du Comité de direction, et d’autres membres fondateurs, lors de leur première année d’université à Strasbourg. C’est comme ça qu’on a commencé à monter des projets ensemble. Maintenant, on est un collectif de plus d’une dizaine de membres actifs. Chaque membre peut devenir chef d’un projet qu’il propose. Je suis chef de projet du festival GRAIN URBAIN. La motivation derrière ce festival vient de la volonté de créer une communauté et réunir différents cinéastes autour d’une thématique qui me passionne et auquel je consacre actuellement mes projets : la ville et l’urbanisme.

Parlez-nous de la sélection de votre festival.

On a lancé un appel à films le 15 mars dernier, en 2024, et on a eu un assez long processus de sélection pour notre première édition, puisqu’il a duré jusqu’en novembre. Un processus qui s’est très bien déroulé, parce qu’on a reçu 278 films qui viennent du monde entier, car ce qui était important pour nous c’était, dès le départ, de créer un festival international. Assez tôt, dans la ligne éditoriale du festival, on s’est beaucoup intéressé au cinéma expérimental.

Pourquoi le cinéma expérimental ?

Parce que nous sommes plus attirés par des écritures que l’on appelle écritures de processus que par des écritures programmatrices. C’est-à-dire que, pour nous, la fiction est une écriture où on va vraiment tout préparer, tout contrôler, même s’il y a évidemment une part qui nous échappe toujours. Mais dans le cinéma expérimental, même s’il y a une écriture qui doit aussi être là pour penser le film, nous aimons qu’on réfléchisse à l’élaboration d’un dispositif filmique qui peut nous perdre. Et en fait, pour nous, la ville a vraiment des puissances expressives si fortes que le cinéma expérimental peut vraiment transmettre ça.

Je pense que même dans nos quotidiens la ville est vécue par chacun d’une manière très différente. C’est-à-dire que, Paris par exemple, personne ne la connaît de la même façon. Même à l’issue de ce rendez-vous vous aurez votre Paris et moi le mien. En fait, le cinéma expérimental, c’est souvent un cinéma qui est très personnel, très subjectif. Ce qui m’intéresse, c’est l’individualité que peut apporter ce type de point de vue sur la ville. Par exemple, moi, je suis très attiré par quelque chose : la nuit, la ville se transforme. Elle devient un autre espace et je peux être très attiré par certains détails que créent les phares, les éclairages, par la pluie, le macadam qui se reflète, se réfléchit… Il y a plein d’expressions de la ville qui font qu’une ville est plusieurs villes. En ce sens-là, je pense que le cinéma expérimental a tout intérêt à s’intéresser à ça.

Vous concevez la ville comme quelque chose de vivant ?

Oui, clairement. Souvent, je cherche beaucoup d’inspiration de court-métrage, de films expérimentaux liés à la ville. En plus, je suis très attaché à plusieurs films, comme les symphonies urbaines. Il y a évidemment beaucoup de choses dans l’ histoire du cinéma qui rappellent la ville, car le cinéma est né avec la ville, en quelque sorte. J’avais envie de créer avec ÉQUIPE CRÉATIVE, une collection de courts- métrages qui traitent de ce sujet- là, d’une manière très différente à chaque fois, et de créer un réseau autour de cette thématique pour réunir des passionnés du sujet. Des cinéastes urbains, mais aussi des urbanistes, des architectes et des membres actifs de l’environnement urbain. Ce qui est intéressant pour moi avec cette thématique, c’est qu’en réalité on peut parler d’absolument tous les sujets.

Est-ce qu’on pourrait dire que la nature du cinéma expérimental, qui est une nature souvent sensorielle, rencontre l’aspect organique de la ville ?

Oui. Ce qui nous intéresse, en tout cas dans la sélection, c’est l’aspect formel des propositions que l’on reçoit. L’aspect plastique du film. Après, évidemment, les enjeux critiques comptent, mais c’est vrai qu’on a beaucoup de films qui sont très plastiques, assez sensoriels, assez immersifs. C’est aussi un certain rêve de cinéma pour moi : voir plus de films qui ne sont pas forcément narratifs, mais de l’ordre de la sensation. On est embarqués dans un univers. Donc, on a des films qui sont à la fois très figuratifs, des fictions ou des documentaires un peu plus classiques, mais on a aussi des films qui vont beaucoup plus dans l’abstraction. Et ça, c’est aussi quelque chose qui était important pour nous. C’était un critère de trouver un équilibre entre des films qui osent expérimenter, des films qui sont peut-être un peu plus narratifs et des films qui se laissent aller. Je pense qu’on a réussi à créer un cadre cohérent.

Étant donné qu’on est un festival de niche, avec une thématique très forte, mais finalement très large, ce qui nous intéressait, c’était de créer un événement avec une vraie curation entre les films. C’est quelque chose qui est assez commun dans le monde de l’art contemporain où, par exemple, à la création d’une exposition on crée un commissariat d’exposition. Souvent, les œuvres dialoguent entre elles. Et si c’est aussi souvent le cas dans des festivals, il y en a aussi qui projettent des films sans vraiment avoir d’identité éditoriale. Notamment dans certains festivals généralistes où, parfois, les films s’enchaînent sans vraiment dialoguer entre eux. Donc, et c’est un point qui était important pour nous, il s’agissait de réfléchir l’ordre dans lequel on pourrait projeter les films, de réfléchir à ce qui pouvait les faire dialoguer ensemble.

Pourquoi ce titre « GRAIN URBAIN » ? Ça a un rapport avec le grain de la pellicule ?

Oui. C’est un titre qui a été trouvé très par hasard, mais très tôt dans le processus de création. Le fait que ça rime avec urbain, pour moi c’ est…disons que c’est un titre qu’on retient très facilement. Il y a un rapport aux grains de la pellicule, parce que la pellicule est quand même l’un des principes fondamentaux du cinéma expérimental.

D’ailleurs, par rapport à l’ identité visuelle du festival, ce qui nous intéresse avant tout, c’est de créer un cadre conceptuel autour des films que l’on présente. De profession, on n’est pas des programmateurs, la plupart des membres de l’ association sont des créateurs, des personnes qui ont des projets artistiques. Ce qui nous intéresse c’est de créer un laboratoire de recherche pour le cinéma expérimental urbain. On attache beaucoup d’importance à l’identité graphique du festival. On y a passé beaucoup de temps. On a travaillé beaucoup notre charte graphique, notamment avec l’aide immense de Juliana Zepka, qui s’occupe de toute la partie graphique, webdesign, et je dirais même qui contribue fortement à la direction artistique de l’événement. Elle a notamment aidé au comité de sélection. Ce qui nous intéresse, c’est de produire, tout au long de l’année, des contenus pour le festival, en argentique, mais aussi en numérique.

Ce qu’on a tourné justement récemment, et c’est quelque chose dont je suis très fier, c’est notre film de marque GRAIN URBAIN, avec le chef opérateur Théophile Albini, qui lui-même travaille beaucoup avec la pellicule et qui a une très belle sensibilité artistique, notamment avec le 16 mm. Il est membre de l’association ÉQUIPE CRÉATIVE, et nous travaillons souvent ensemble.

Vous avez beaucoup de projets en pellicule ?

C’est le deuxième que j’ai fait. Ce film de marque, GRAIN URBAIN, on l’a tourné en 16 mm, dans l’optique justement de dévoiler un peu toute l’identité du festival. C’est un film qu’on dévoilera le 1er mars 2025. Ce film introduit le trophée du festival qui a été désigné par Julien Ross ; également membre de l’équipe créative. Ce trophée fait beaucoup référence à l’urbanisme, notamment en rappelant des structures de ponts, des structures ferroviaires, mais aussi des références au cinéma. Et quand on assemble les trophées, ça fait penser à une pellicule. D’année en année, on pourra les assembler. Julien Ross nous fait un énorme cadeau en participant de cette manière.

Pouvez-vous nous retracer l’historique de la création du festival ? Les aides obtenues, les difficultés pour le mettre en place…

On a pu en partie le financer grâce à des subventions telles que le Fonds de solidarité de la vie étudiante de Paris 8, parce qu’ on est aussi, pour la plupart, des étudiants. Il y a aussi une partie d’autofinancement qui se fait grâce à nos projets passés, qu’on a pu faire avec l’association ÉQUIPE CRÉATIVE. Il y a aussi eu les frais d’ inscription du festival. L’appel à films a été payant et ça a permis de structurer l’événement de cette façon. Le festival a pu s’équilibrer un petit peu de cette manière. Ce qui était très important pour nous, c’était de proposer le festival le plus professionnel possible dès la première année. Et c’est pour cela qu’on souhaitait travailler avec des distributeurs, avec des sociétés de production.

Ensuite, dès la première année, étant donné qu’on a créé un trophée personnalisé, on a souhaité créer un festival compétitif. Donc, on va remettre trois prix avec une dotation financière. On est assez vite allé dans un modèle ambitieux, même si pour la première édition on essaie de la faire à taille humaine. Je veux dire, on a un festival qui dure, pour l’instant, une journée ; on programme 14 films sur une journée…On souhaitait vraiment se concentrer sur la qualité de la programmation et de l’organisation.

L’équipe doit être assez soudée : vous devez être solidaire…

Oui. Je dirais que ce qui était difficile, c’était de trouver le meilleur équilibre entre la réalité de ce qu’il est faisable de faire et les ambitions du festival. Je remercie vraiment toute l’équipe qui m’a accompagné, parce qu’on est tous bénévoles dans ce projet qui est entièrement associatif. J’ai eu une équipe qui était vraiment impliquée tout au long de l’année, même si on ne pouvait pas encore travailler à temps plein pour le festival parce qu’on n’a pas encore de subventions qui nous permettent d’avoir des employés. Mais on a eu une équipe qui a été vraiment soudée. Et assez vite, on l’a compartimentée : chaque personne avait un département. Ce qui nous a permis de toujours faire des points en fonction des deadlines. On se voyait plus ou moins fréquemment.

Combien de personnes ont travaillé pour ce festival ?

Sur le film de marque, on était une équipe d’une vingtaine de personnes. Mais à l’année, pour l’organisation de l’ événement, on est à peu près à une dizaine.

Avez-vous envisagé des partenariats avec les villes, pour pouvoir toucher un peu d’ argent et essayer de diffuser les films ?

Pour la première édition, pas encore. Parce qu’étant donné qu’on est un festival émergent, en construction, on souhaite capitaliser sur notre première édition en essayant de créer le plus bel événement possible, pour ensuite produire un bilan de festival avec un nouveau dossier, qui nous permettra ensuite de démarcher des sponsors. Même si on a de très beaux partenariats en nature dès cette première édition, notre objectif c’est vraiment de montrer ce qu’ on a su faire par nous- mêmes, et ensuite, d’étendre et de développer le festival.

Quel avenir envisagez-vous pour le festival ?

La première chose ce serait de le faire connaître le plus possible à travers des partenaires. Là, par exemple, on développe un partenariat avec la Revue Urbanisme. On a aussi un autre partenariat où on va projeter les films lauréats du festival à Marseille, au VIDEODROME2, tenue par l’association SOLARIS. À terme, il s’agit de faire en sorte que le festival puisse durer plusieurs jours, qu’on puisse organiser des programmes de conférences, des échanges, mêmes des cinés-concerts, ce genre de choses. Il y a plein de possibilités…c’est comme ça qu’on souhaite développer le festival, tout en créant des sections avec des films hors compétition, des films patrimoniaux, où on travaillerait avec des coopératives de cinéma expérimental. À terme, si on y arrive, ce serait le rêve final de se développer à l’international, d’avoir une filiale du festival dans un autre pays, étant donné qu’on programme déjà des films internationaux.

Informations sur le festival

SITE INTERNET : https://equipe-creative.com/grain-urbain/

BILLETTERIE : https://my.weezevent.com/festival-grain-urbain

INSTAGRAM : https://www.instagram.com/grainurbainfestival/

L’équipe du festival

ANTONIN MECHLER Directeur du festival

THIBAULT MECHLER Président d’Équipe Créative

VICTOR MERLET Secrétaire général

THOMAS GRANDJEAN Trésorier

RAPHAËL MERCURI Membre du comité de direction

JULIEN ROOS Designer

JULIANA ZEPKA Design graphique & webdesign

DANIELA ZEPKA Community manager

THEOPHILE ALBINI Directeur de la photographie

MATÉO HAEHNEL Vidéo évènementielle

DAFNE VASQUEZ Photo évènementielle

Comité de sélection

VITTORIA BECCI

OLYA KORSUN

JULIANA ZEPKA

THÉOPHILE ALBINI

ANTONIN MECHLER

Équipe du film de campagne

ANTONIN MECHLER Scénario & Réalisation 

PAUL MANCINI 1er assistant réalisateur

THÉOPHILE ALBINI Directeur de la photographie

YANIS FRICHOU 1er assistant caméra

ROMANE RIGAUD 2nd assistante caméra

MATHIAS VICQ Steadycamer

SÉBASTIEN AMICE Chef Machiniste

JULES HYVERNAT Machiniste

VICTOR FLOGNY Chef électricien

TEDDY LENOIR Électricien

LOUISE DUNOU Régisseuse générale

JULIANA ZEPKA Régisseuse adjointe

NATHAN VINOT Styliste

CAROLINE SCHREPFER Photographe

DAPHNÉ DAVID Photographe 

PAUL DE MOUSSAC Comédien

LEIA CRUZ DE MELO Comédienne

KETSIA HERR Comédienne

TIMOTHÉE POIREL Étalonnage

JOHANNES SCHEPP Mixage sonore et musique originale

Titre original : Interview du fondateur du festival GRAIN URBAIN : Antonin Mechler

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