Ce n’est qu’un au revoir s’immisce dans l’internat d’un lycée du Sud de la France et suit la fin de scolarité d’un groupe d’amis unis par un mode de vie alternatif : celui des babos. La caméra du cinéaste saisit leurs derniers moments de vie commune avant qu’ils ne s’éparpillent dans les quatre coins de la France pour poursuivre leurs études supérieures et ainsi perdre ce qu’ils ont de plus cher : le collectif. À travers leurs témoignages et leurs idéaux politiques, Guillaume Brac dresse le portrait d’une jeunesse soudée et animée par la recherche d’utopies.
Comme à son habitude, Guillaume Brac nous plonge dans des bouts de vie en parvenant presque à nous faire oublier la présence d’une caméra et de son opérateur. Cette réussite repose notamment sur le fait que le cinéaste ne porte pas de discours sur les lycéens mais qu’il leur construit plutôt un espace d’expression, où chacun raconte son histoire à sa manière. Comme le démontre la fixité du cadre, souvent posé un coin de la pièce, la caméra ne cherche pas à saisir une action mais plutôt à recueillir le témoignage d’une jeunesse en pleine effervescence. Guillaume Brac place en effet la parole des lycéens au centre de son dispositif en faisant de leurs voix off une composante qui, par ses récits intimes, enrichit les images.
Tandis que Ce n’est qu’un au revoir présente une vision de l’amitié qui se conjugue avec collectif et engagement, Un pincement au cœur dresse une autre partie du diptyque en se concentrant sur un duo d’amies. Si les deux courts-métrages ont été filmés avec un an d’écart, le cinéaste choisit de présenter ensemble pour une diffusion en salles. Au-delà d’une question de stratégie de distribution, le rassemblement des films s’avère pertinent dans la mesure qu’il offre une vision plurielle des adolescents. En effet, Un pincement au cœur se dresse à première vue aux antipodes du premier film en se situant dans une ville au Nord de la France et en présentant de jeunes adolescentes issues de contextes sociaux différents. Bien qu’opposés en apparence, la mise en lien des deux films dévoilent finalement des préoccupations similaires chez ces lycéens face à leur avenir. Un pincement au cœur est d’une certaine façon le miroir de Ce n’est qu’un au revoir ; si dans l’internat de la Drôme la séparation s’avère douloureuse et empreint de nostalgie, à Hénin-Beaumont elle est envisagée comme une ouverture vers un ailleurs, une mutation vers l’âge adulte à venir. À travers ces deux films, Guillaume Brac dresse un récit initiatique qui ne se conforme pas à des schémas classiques narratifs mais résulte plutôt d’un enchevêtrement d’histoires, invitant ainsi à appréhender les tourments adolescents.