Wind River

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Que disent les Amérindiens d’aujourd’hui de ce qui fut le rêve de l’Ouest ?

Enterrée, la Frontier de l’Ouest américain ? Au cœur de la réserve amérindienne de Wind River, perdue dans les montagnes glacées du Wyoming, le meurtre et le viol d’une Native American rappelle, à l’heure de la lutte autour du Dakota Access Pipeline, à quel point s’exerce encore la violence des hommes blancs.

Débris de Frontière

Avec ce dernier volet de sa trilogie sur le sens de la Frontière dans les États-Unis d’aujourd’hui, qui comprend, outre Wind River, Sicario (Denis Villeneuve, 2015) et Comancheria (David Mackenzie, 2016) pour lesquels il fut scénariste, Taylor Sheridan revient sur les lieux mêmes où se construisit cette notion capitale dans la culture américaine.

Mais l’Ouest semble avoir perdu sa grandeur mythique : aussi vastes soient-ils, les décors de western qu’offre le Wyoming n’évoquent plus que le froid, le vide et la mort. Ne circulent plus parmi ces grands espaces les John Wayne, James Stewart et Clint Eastwood d’autrefois, et le pâle Cory (Jeremy Renner), humble chasseur et fin connaisseur des coutumes de la réserve, n’assurera pas leur relève.

En se plaçant du point de vue des Amérindiens – ou plutôt, d’un point de vue hybride, étant donné que Cory a épousé une Amérindienne –, Wind River montre l’envers de l’Ouest, et comment un paysage traditionnellement associé à la liberté dans le western peut devenir synonyme de prison et d’enfer sur terre. Par son traitement réaliste, ce thriller explore ainsi les maux récurrents qui frappent les Amérindiens : alcoolisme, drogues, violences, chômage… Les mythes ne résistent pas, et seuls errent encore çà et là des fantômes, à l’instar de ces mineurs blancs, attirés par un argent supposément facile et désespérés par une région où ils ne trouvent rien à faire.
 


Une mise en scène timide
 
Cependant, la mise en scène ne suit pas l’intelligence du propos. Vacillante, la caméra fait trembler les structures mythiques de l’Ouest, et se place au niveau des fragiles êtres humains.
Mais l’équilibre entre la dignité humaine et le pathos est difficile à tenir. Si l’on ne peut reprocher aux acteurs la justesse de leur jeu, tout en retenue, on peut en revanche garder des réserves à l’égard de la musique, souvent utilisée de manière redondante – et donc nuisible – par-rapport au jeu d’acteur. Ainsi de la séquence où Cory détaille par le menu la disparition suivie de la mort de sa fille des années plus tôt, séquence inutilement ruinée par les grincements pathétiques des violons, alors que les jeux de Jeremy Renner et d’Elisabeth Olsen (qui joue l’agent du FBI chargée de la mission à Wind River) dégagent déjà assez d’émotivité.

En un mot, la forme, assez classique, n’ose pas autant que le propos subversif. Peut-être cela tient-il également au regard somme toute misérabiliste porté sur les habitants de la réserve, le plus souvent présentés comme passifs et fatalistes. N’en pouvait découler qu’une mise en scène prude, à la limite d’une pudeur excessive.

 

 

Titre original : Wind River

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Durée : 110 mn


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