Wild Boys of the Road (William A. Wellman, 1933)

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Des corps en vie dans une Amérique qui se meure.

1933. L’Amérique sur laquelle s’ouvre Wild Boys of the Road est une Amérique déchirée. Dans un petit patelin des États-Unis, deux amis, Eddie (Frankie Darro) et Tommy (Edwin Phillips), parviennent à s’introduire au bal des étudiants, se dispensant toutefois d’en payer l’entrée. Fauchés mais bien décidés à danser, ils profitent quelques minutes de l’ambiance avant d’être enjoints à quitter les lieux de manière musclée. Au cœur de la Grande Dépression, s’amuser a un prix et l’on comprend vite qu’il sera trop élevé pour les deux amis. Touchés de plein fouet par la crise, ils sont les témoins d’un pays qui licencie les pères et ne peut employer les fils. Aucune fracture générationnelle ici, la misère n’épargne personne et c’est plein d’amour pour leurs parents que Eddie et Tommy décident de prendre la route vers de meilleurs lendemains. Dès l’ouverture, la vitalité des corps répond à la morosité du cadre. Les deux jeunes ne tiennent pas en place et, accompagnés d’une mise en scène malicieuse – le running gag du couple sur la banquette de la voiture -, leur départ paraît inévitable. William A. Wellman parvient à travers l’épure de quelques scènes symboliques – la vente de la voiture par exemple – à faire naître une profonde sympathie à l’égard de ses personnages, dans un élan d’une telle simplicité qu’il nous emplit d’espoir quant à leurs dessins futurs.

Hélas, cette vitalité est rapidement mise à l’épreuve. Tommy perd une jambe dans un accident et devient la première victime d’un pays qui, au-delà de mettre sa jeunesse sur les routes, l’écorche au plus profond de sa chair. Pour Wellman, c’est la société de l’époque qui fabrique ses propres démons qu’incarnent les visages juvéniles des vagabonds (les hobos) rencontrés par Eddie et Tommy sur leur chemin, chacun d’eux n’ayant d’autre sauvagerie que la volonté farouche de gagner de quoi survivre. C’est bien au cœur de cette noirceur que l’on réalise à quel point Wild Boys of the Road précède le code Hays. Aucune légèreté de ton ici, encore moins d’allusion grivoise, la jeune Sally (Dorothy Coonan Wellman) que rencontrent les protagonistes arbore pantalon et casquette, et sapée comme un homme elle se battra au même titre qu’eux. La saveur Pré-Code du film se loge ici, dans le portrait sans fard d’un pays à l’agonie, s’efforçant de préserver une paix sociale, donc bourgeoise, à grand renfort de matraques policières. 
 
 

 

De Cleveland à New York, la fatalité trimballe ainsi les personnages de l’exil au tribunal. Leur déchéance semble inéluctable jusqu’à ce qu’un retournement ne vienne casser cette marche funèbre pour laisser présager un dénouement heureux. Eddie, Tommy, et Sally. Le trio s’en sort finalement et la vie regagne du terrain, in extremis. Tous trois laissent exploser leur joie et dans une scène finale tout à fait bouleversante, on réalise à quel point chacun des deux amis n’a jamais vraiment regardé Sally et n’a eu d’yeux que pour l’autre. Un ultime échange de regards, un rapprochement d’une grande tendresse, il y a dans ces derniers plans toute la force du film, toute son audace aussi : on jurerait que le happy end est en passe d’être consommé sous nos yeux.  

Titre original : Wild Boys of the Road

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Durée : 68 mn


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