Wall Street : l’argent ne dort jamais

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Le retour attendu d’Oliver Stone et Michael Douglas dans le monde de la finance s’avère être une vraie déception, noyant un sujet passionnant dans une intrigue aussi prévisible qu’inintéressante. Greed is good ? Not so much…

L’histoire de Wall Street 2 débute peu avant que la crise économique née des subprimes ne jette des milliers d’employés dans la rue, des banquiers en prison, et des banques séculaires dans la déroute. Jake Moore, trader surdoué, jure de se venger de Bretton James, qui a manipulé les cours de la Bourse pour ruiner le fonds d’investissement de son mentor, Zabel, ce qui a poussé ce dernier au suicide. En rencontrant son « beau-père », un Gordon Gekko fraîchement sorti de prison, Jake trouve un allié inattendu, qui peut lui fournir les informations nécessaires pour laver l’honneur de Zabel et faire tomber Bretton James…

Jeter un regard en arrière sur le premier « épisode » de la saga Wall Street équivaut à prendre un vrai cours d’histoire : bien que toujours d’actualité, la fascinante plongée dans les arcanes de la finance, offerte par Oliver Stone dans la foulée du triomphe de Platoon, est avant tout le témoignage d’une époque révolue. Les circuits d’information, les sommes engagées, le passage d’un monde de marchés communs à celui de réseaux mondialisés, ont changé du tout au tout le visage de ces yuppies amoraux, que Verhoeven s’amusait à trucider à la même époque dans ce brulot anarchiste qu’était Robocop. La crise financière de 2008 est passée par là, tout comme les affaires Madoff et Kerviel : on a compris que derrières les façades vitrées des groupes du CAC 40, des inconscients jonglaient nuit et jour avec des sommes astronomiques, perdant ou gagnant en un mois de quoi se payer une île aux Caraïbes. Pour le simple plaisir de jouer.

It’s all about the game

C’est d’ailleurs la philosophie de Bretton James, le grand méchant requin de la finance dans Wall Street 2. A la tête du fonds d’investissement Churchill & Schwartz, démarquation évidente de Lehman Brothers, le milliardaire joué par James Brolin est clairement montré comme un mogul pouvant faire plier le gouvernement américain et sa Réserve Fédérale, au moment-clé du krach de 2008. Scènes glaçantes que celles où hommes de pouvoir et d’argent se réunissent dans la confidence d’un salon boisé pour sceller le destin d’une crise inévitable qui allait impacter le monde entier.

L’aspect « historique » ? C’est sans doute le côté le plus intéressant de cette séquelle tardive, qui peine à s’élever au-dessus du niveau d’un soap de luxe (il est d’ailleurs tout aussi interminable). De manière assez caricaturale, Stone, qui n’est depuis quelques années plus à quelques simplifications près, oppose ainsi le candide Moore (Shia LaBeouf, trop chétif et transparent pour nous faire croire qu’il est un crac de la Bourse) et sa conception « paternaliste » du métier de trader – il passe ainsi d’une figure de mentor à une autre – à un James sans scrupules, aussi grimaçant lorsqu’il savoure sa victoire que lorsqu’il se retrouve acculé. Même Michael Douglas, grande attraction du projet, et qui fait d’abord plaisir à voir lorsqu’on retrouve Gekko à sa sortie de prison, déboussolé et seul, se retrouve empêtré dans un arc scénaristique aussi prévisible qu’artificiel. Sa présence est gérée comme un twist à rebours qui n’a plus rien de fascinant.

A la surface

Comme en 1987, Wall Street 2 tourne d’une relation maître-élève avec un élément féminin au centre de leur conflit. Alors que dans l’original, ce triangle amoureux mettait en relief l’inhumanité d’une caste socialement déréglée, le couple LaBeouf-Mulligan (horripilante au possible) n’amène aucune profondeur à une histoire déjà peu captivante. Le clin d’œil de Charlie Sheen, qui fait une apparition savoureuse, mais aussi très pertinente (son personnage de Bud Fox, jeune loup repenti, s’est ainsi transformé en homme d’affaires finalement aussi arriviste et parvenu que Gekko), suffit par exemple à nous faire oublier en une minute un couple de héros auquel on ne s’attache jamais. On aimerait se raccrocher aux joutes politiques décrites plus haut, mais elles sont trop rares, et trop courtes, pour relancer le récit.

Impossible en fait de trouver une profondeur à Wall Street 2 : bien qu’il tournoie dès son générique autour des buildings glacés du quartier financier, Oliver Stone n’ose jamais pénétrer vraiment dans l’antre des marchés financiers : on passe plus de temps dans les alcôves des puissants et des lofts aseptisés, que dans la Bourse elle-même. Tout ce qui faisait l’adrénaline, et le sel de l’opus original a ici disparu. Oubliée la rigueur shakespearienne du récit, sur sa construction en forme de conte moral : Stone s’amuse, comme Ang Lee dans Hulk, à tester un tas d’artifices visuels à la fois kitsch, ridicules et hors-propos pour dynamiser un film balisé.

Seul le dénouement se révèle inattendu. Pas par sa pertinence (on se demande d’ailleurs comment le réalisateur de L’Enfer du dimanche a pu accoucher d’un film aussi inoffensif sur un thème aussi brûlant d’actualité), mais plutôt par son incroyable mièvrerie, digne des pires comédies romantiques américaines. Pas un dénouement mais plutôt un renoncement.

Titre original : Wall Street: Money Never Sleeps

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Durée : 136 mn


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