Tout est pardonné

Article écrit par

Retour sur le beau premier film de Mia Hansen-Love, à l’occasion de sa sortie DVD.

DVD édité par Pelléas. Bonus : casting de Constance Rousseau ; Essais d’Olivia Ross ; Essais lumière ; séquences inédites ; bande-annonce et premier court-métrage de Mia Hansen-Løve. Sortie le 9 Avril 2008.

Il faut prendre le film au mot, ne pas creuser davantage : tout est effectivement pardonné, le passé ne doit pas contaminer le présent ; pour vivre, il faut être ici et maintenant. C’est le pouvoir de Pamela (Constance Rousseau, lunaire, un peu apeurée) que de ne pas avoir à faire table rase, se présentant à son père, Victor (Paul Blain, sobre et fiévreux), dans la pleine évidence de ses dix-sept ans. La fille, accompagnée de sa meilleure amie, retrouve son père après onze ans d’ellipse, marche avec lui dans Paris, sans lui demander aucun compte. Quant au père, cette bienveillance – qui n’interdit pas la gêne – lui permet de croire, même pour un temps, en la possibilté d’un « après ».

L’intelligence du film de Mia Hansen-Løve, ex-critique aux "Cahiers du cinema", comédienne dans deux films d’Olivier Assayas ( Fin Août, début Septembre, 1998 ; Les destinées sentimentales, 2000) qui partage aujourd’hui sa vie, se situe précisément dans cette mesure, ce désir de ne faire peser sur le présent aucune lourdeur. Son style, très épuré, tout en évoquant le cinéma de Philippe Garrel, Robert Bresson ou Gérard Blain, par son approche des êtres tendant à une forme d’abstraction métaphysique, voire au « sacré », s’affirme progressivement. A la crise du couple de Victor et Annette, dans le Vienne, puis le Paris de 1995, avec séparations, addiction à l’héroïne et dépression, succède l’équilibre instable des retrouvailles avec une fille désormais inconnue. Le drame psychologique attendu cède la place à une attention toute particulière aux gestes évidents, aux regards fuyants, aux silences aussi pesants que complices.

Premier film de son jeune auteur (26 ans), lauréat du Prix Louis Delluc 2007 après une présentation à la Quinzaine des réalisateurs au dernier festival de Cannes, et avant une nomination au César du Premier film, Tout est pardonné expose les bases d’un regard déjà très précis de cinéaste, d’une autorité rare de mise en scène. L’oeuvre est sombre mais magnifiquement éclairée, pesante mais très fluide, légère comme sa jeune héroïne. Y passe comme la silencieuse évidence d’un héritage, d’une transmission entre générations, d’une subtile circulation de messages implicites, ceux qui sans doute aident une adolescente à avoir sa propre image, sa propre opinion d’un père longtemps caché par une mère en souffrance. Ceux qui font prendre conscience que c’est bien notre film que l’on est en train de réaliser, que ce récit est bien le nôtre et non le produit d’une trop lourde influence.

Bonus DVD : Accompagnent le long-métrage des bonus apparaissant comme de beaux prolongements, ou plutôt les véritables origines du projet. Le casting de Constance Rousseau, la précieuse révélation du film, aspirant, entre autres confidences, à devenir architecte. Les essais d’Olivia Ross, la comédienne qui incarnera Gisèle, la maîtresse toxico de Victor, sur des répliques de L’amour l’après-midi, de Rohmer. Des essais lumière, captés juste avant le début du tournage, en mai 2006, troublant par leur réunion des deux âges de Pamela ( la petite Victoire et la grande Constance Rousseau côte à côte) ainsi que la proximité de personnages séparés dans le film. Enfin, le premier court-métrage de Mia Hansen-Løve, Un pur esprit, étrange petit objet (3 minutes) en noir et blanc tourné en 2004, la bande-annonce et deux séquences réalisées dans le cadre d’Emergence (l’université d’été du cinema) en amont du tournage. Le tout forme un ensemble très cohérent, digne de la plus haute curiosité.

Titre original : Tout est pardonné

Réalisateur :

Acteurs : , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 105 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..