Touristes

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Jeu de massacre délirant en pleine campagne anglaise, « Touristes » est une des bonnes surprises de cette fin d’année.

De retour après le captivant Kill List (2011), Ben Wheatley poursuit son expérimentation toute personnelle du mélange des genres. Comme son prédécesseur, Touristes fonctionne sur une première partie très ancrée dans le film social à l’anglaise, pour ensuite dynamiter chaque attente du spectateur, toujours pris à revers entre la noirceur du propos et l’humour très frontal qui s’en dégage. Une insécurité permanente se larve ainsi dans le déroulement narratif, où la naïveté et le prosaïsme des antihéros se conjugue sans crier gare à des éclats de violence d’une brutalité inattendue. Grinçant, Wheatley place son couple de personnages sensibles et un peu lunaires dans un décorum kitschissime et d’une tristesse sans nom, avec pour seule fuite possible, la fameuse escapade romantique des deux protagonistes.
Fuyant une mère envahissante, Tina décide de suivre Chris, son petit ami, qui lui a préparé un parcours touristique en caravane afin de lui faire vivre enfin une petite aventure. Pourtant, entre l’univers des campings, les musées ruraux insignifiants et l’indispensable culte du petit chien, la suite du voyage ne s’annonce guère initiatique pour les deux touristes. Au contraire, Chris et Tina se confortent tellement l’un l’autre dans leur vision esthétique et morale du monde qu’ils en viennent, au contact d’une nature sauvage, à faire tomber progressivement toutes les entraves sociétales se dressant contre leurs pulsions mesquines. Tels deux grands enfants, jaloux et frustrés, les deux protagonistes vont très vite avoir du sang sur les mains, non pas par amour de l’acte meurtrier, mais par pure bassesse humaine.
  
 
 
C’est là la grande force du film de Wheatley, qui joue toujours deux partitions à la fois : celle de l’empathie et de l’identification d’un côté, celle du dégoût et de la misère morale de l’autre. Jouant habilement sur les deux tableaux, Wheatley se délecte du décalage constant entre le romantisme de la situation fantasmée par le couple et la distance que prend sa mise en scène pour accentuer une réalité pathétique. En ne disposant sur leur route que des personnages insupportables qui ne valent pas mieux qu’eux, Touristes noie toute interprétation définitive et oblige le spectateur à rester attaché à cet étrange couple. Un pari qui fonctionne grâce à la justesse des acteurs (Steve Oram et Alice Lowe, également scénaristes, sont tout simplement excellents) et emporte l’empathie finale nécessaire à l’ambiguïté du long métrage. La gravité de leurs actes ne découle d’ailleurs que de rancœur puérile et de caprices presque attachants car réellement humains et universels. L’humour très maîtrisé que développe Wheatley repose essentiellement sur cette caricature de l’humain sociable, misérable dans sa vie matérielle et effrayant dans son rapport à l’autre. Un ton original et déconcertant qui fait de Ben Wheatley l’un des réalisateurs anglais les plus captivants du moment.  

À lire : l’entretien avec Ben Wheatley

Titre original : Sightseers

Réalisateur :

Acteurs : ,

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Durée : 89 mn


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