Tango libre

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Étonnante surprise que cette comédie dramatique hybride, chronique initiatique et drame passionnel en prison.

Frédéric Fonteyne n’est pas un débutant. Depuis Une liaison pornographique en 1999, le Belge scrute les infinies nuances de la couleur amoureuse. Après l’adaptation éponyme de La Femme de Gilles de Madeleine Bourdouxhe en 2004, c’est avec un scénario original écrit par sa femme, Anne Paulicevich, qu’il revient, presque dix ans plus tard. Tango libre, qu’on pourrait prendre au premier abord pour un film du Nord un peu grave, avec un personnage de gardien de prison mutique (François Damiens), réserve quelques surprises grâce à l’écriture remarquable de son scénario.

Multipliant les péripéties, jouant des ressorts de la comédie dramatique s’en s’y prendre les pieds, maniant au moins cinq personnages principaux tous égaux dans leur traitement, Anne Paulicevich (aidée de Philippe Blasband) s’offre même un défi supplémentaire : ajouter à la complexité de l’histoire la danse comme révélateur de sentiments érotiques. Cet argument surprenant, une femme de prisonnier rencontrant le geôlier de son mari à un cours de tango, le film ne le lâchera plus.

Ainsi, un homme terne, à deux doigts de la disparition, réapprend à désirer grâce au tango. On en rirait d’avance si le scénario n’était pas aussi habile. Description visuelle précise remplacant dix lignes de dialogues chez certains, cadre de la prison comme lieu principal bien exploité, couleurs chromées façon Amélie Poulain (Jean-Pierre Jeunet, 2001), mais qui ici, s’accordent à la déraison un peu fantasmatique de l’histoire, même les moments un peu « clipés » du film se justifient.
 

 


 
 
Le mari (Sergi Lopez, déjà là dans Une liaison pornographique), ayant vent de l’affaire, décide par fierté et jalousie d’apprendre lui aussi à danser. On en rirait encore si les scènes de danse n’étaient pas, contre toute attente, équilibrées entre monstration d’une sensualité masculine qui n’a pas à rougir, et plaisir de la camaraderie entre prisonniers qui advient, sans mièvrerie.
 
La salle des visites, où la femme (Anne Paulicevich, aussi comédienne, et excellente) et son fils rencontrent chaque semaine le mari accompagné d’un homme au statut trouble (Jan Hammenecker, vu dans Max et Bobo du même réalisateur en 1998 et sorte de Gregory Gadebois belge incroyable), renforce la belle théâtralité de certains échanges. Le va-et-vient entre les personnages trouve son rythme, les personnages jouant autant de rôles qu’ils ne changent de chaises, toujours sous le regard du gardien de prison, spectateur interdit devant ces jeux d’amour auxquels il n’est d’abord pas invité. Ces scènes sont les plus réussies du film, expriment par un montage sonore habile les difficultés de communication et d’intimité en prison et restituent surtout le joyeux bazar d’une discussion de famille.
 
Le plaisir ultime du film, qui se regarde d’une traite tant le rythme est tenu, tient à son humour, parfois triste, mais qui sans relâche assortit chaque climax d’une respiration, de la possibilité de prendre un peu de distance avant la prochaine scène. Il y a peut-être alors quelque chose de la fameuse « belgitude » dont on fait un mythe, mais qui si elle existe, serait ce petit plus de simplicité face aux situations les plus cruelles, cette légèreté, au demeurant crédible, des sentiments. Le final du film aussi, plein de malice, et plus irrévérencieux qu’il n’y paraît, prône un amour libre, protéiforme, distordant les cadres classiques de la famille pour mieux retomber sur ses pattes.

Titre original : Tango libre

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Durée : 107 mn


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