Sparrow (Man Jeuk)

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Est-ce le film de trop pour Johnnie To ? Cette sarabande poussive autour d´une bande de pickpockets amoureux tourne en tout cas très vite à vide. Sparrow, qui veut dire << moineau >>, est effectivement un film léger, mais pas aussi allègre que le cinéaste hong-kongais l´aurait voulu…

En bon spécialiste des ruptures de ton, Johnnie To étonne le spectateur dès les premières minutes de ce Sparrow, tourné en quatrième vitesse dans des quartiers de Hong-Kong que le cinéaste connaît bien. Sur une musique sautillante, à la fois jazzy et kitsch (et qui s’avèrera rapidement fatiguante, par ailleurs…), un jovial Simon Yam roule à bicyclette en profitant du beau temps, et en posant de temps à autre son appareil photo pour immortaliser les rues de sa ville. De manière claire, presque forcée, To annonce d’ores et déjà la, ou les, couleurs : loin des méandres psychologiques de Mad Detective, ou de l’épure tragique d’Exilé, Sparrow (qui signifie à la fois « pickpocket » et « moineau » en anglais) est un film léger, avec des enjeux légers, un rythme léger…et de légers défauts.

Simon Yam, donc, membre permanent de la bande à To, aux côtés de Lam Suet et de Lam Ka Tung (présents aussi au générique), est le chef d’une petite bande de pickpockets pas bien malins, et qui s’attaque un jour à une femme mystérieuse. Cette dernière va les berner un à un pour mener à bien son entreprise : être libérée du joug d’un parrain mafieux, libidineux et capricieux. Pas la peine d’espérer un retournement de situation ou une profusion d’événements impromptus : l’histoire de Sparrow est pour cette fois d’une clarté (voire d’une pauvreté) absolue.

On savait Johnnie To attiré par le thème du vol, déjà abordé avec Yesterday once more. Le réalisateur a une vision particulièrement romantique des voleurs, vus comme des artistes de l’illégalité, des jongleurs au numéro parfaitement orchestré, et qui dans l’exercice de leur travail ne font qu’un. Cette solidarité masculine n’est pas nouvelle dans l’univers du cinéaste : Yam et ses acolytes sont aussi unis et coordonnés que les gangs de tueurs de The Mission et Exilé, ou que la brigade de surveillance de Filatures (produit par To). Anti-spectaculaire au possible, leur activité est pourtant magnifiée par la caméra, qui transforme un vol de portefeuille en ballet tactile et réglé au millimètre. To s’amuse paradoxalement à ridiculiser ces esthètes du larcin, qui sont tous dupés par les charmes de Chun (Kelly Lin, intensément glamour), un petit moineau déguisé pour un temps en femme fatale brimée.

L’humour narquois est là, les thèmes et la virtuosité tranquille du cinéaste aussi. Où donc se situe le problème ? Peut-être dans le rythme et l’ambition générale du film, pas vraiment aussi intéressants qu’il n’y paraît. Visiblement en transe devant les vieux quartiers de sa ville natale, To s’abandonne ainsi plus que de raison à une esthétique carte postale, qui ralentit le rythme du film, comme une digression littéraire qui s’étendrait sur la moitié d’un roman. On pourrait trouver cela ensorcelant, si Hong-Kong n’était pas déjà l’une des villes les plus disséquées sur pellicule. Ensuite, la faible originalité du scénario et son climax à rallonge (le duel de voleurs sous la pluie, avec force parapluies ouverts au ralenti, plutôt ridicule avec du recul) étonne de la part des scénaristes d’Election et de Filatures, autrement plus tendus et riches de personnages forts.

En d’autres termes, Sparrow fait figure d’anecdote dans la longue filmographie du créateur de Milkyway Image. On se réjouira de pouvoir ajouter un nouveau rôle déjanté à l’actif du gros Lam Suet, et peut-être aussi de voir un film de Jonnie To moins grave et sanglant que les précédents. En contrepartie, on aimerait plutôt voir le réalisateur retourner à des projets plus ambitieux et maîtrisés, car depuis deux ans, il a lui-même placé la barre très haut…

Titre original : Man Jeuk

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Durée : 87 mn


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