Soupçons (Suspicion)

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Soupçons est une brillante mise en scène du doute qui s’immisce peu à peu dans un couple. L’univers bourgeois et tranquille se désagrège et laisse ainsi place au malaise et à la tension. Hitchcock parvient ici à entraîner le spectateur dans le délire paranoïaque d’une femme, dans un esprit en proie au doute qui ne […]

Soupçons est une brillante mise en scène du doute qui s’immisce peu à peu dans un couple. L’univers bourgeois et tranquille se désagrège et laisse ainsi place au malaise et à la tension. Hitchcock parvient ici à entraîner le spectateur dans le délire paranoïaque d’une femme, dans un esprit en proie au doute qui ne peut plus raisonner.

Le film fonctionne selon un double mouvement : la menace et la peur grandissent dans l’esprit de Lina qui entraîne avec elle le spectateur dans un délire paranoïaque mais le démenti de ses fantasmes nous est toujours donné en contrepoint. Lina elle-même recherche tout au long du film un appui, ne cesse de vouloir faire appel à sa raison, mais ne peut s’empêcher de céder au doute. Johnny nous apparaît ainsi comme un personnage ambivalent qui suscite aussi bien la sympathie que la peur. Le visage de Lina, jeune fille douce et calme, se transforme au fur et à mesure que le doute s’immisce. Les échanges de regards entre les deux protagonistes ne sont plus tendres mais soupçonneux, menaçants. Le spectateur est malgré lui entraîné dans un autre univers, en marge de la réalité. Il ne peut s’empêcher de voir le monde par les yeux de cette femme terrifiée.

Le film commence comme une classique comédie sentimentale : deux jeunes gens se rencontrent dans un train puis se retrouvent à la chasse. Naît alors une idylle entre ces personnages que tout oppose : Johnny est un jeune homme sans fortune et aux nombreuses conquêtes, Lina est à l’inverse une douce jeune fille aisée qui préfère les livres à la compagnie et que ses parents imaginent déjà en vieille fille. Ces deux êtres se trouvent d’abord réunis, comme en témoigne le travelling courbe qui les enveloppe dans le bureau sous le regard du portrait paternel. Malgré l’avis de ses parents, Lina épouse Johnny, et après une lune de miel en Europe, ils s’installent dans une magnifique maison.

Dès leur installation pourtant l’idylle commence à s’effriter et la confiance cède la place au doute : il lui annonce en effet qu’il n’a pas d’argent et qu’il compte sur elle pour subvenir à leurs besoins. Cette cassure, déjà pressentie par les nombreux indices que l’aveuglement amoureux soustrait à l’entendement de Lina, n’est que la première d’une longue série. Les mensonges de Johnny, son renvoi, son addiction au jeu, ses dépenses inconsidérées mettent à rude épreuve la confiance de sa femme. Les deux amoureux deviennent alors deux étrangers qui ne se comprennent plus et la comédie sentimentale s’efface pour laisser place au drame.

Lina soupçonne tout d’abord Johnny de vouloir tuer l’ami avec qui il doit monter un complexe immobilier puis lorsqu’elle découvre les papiers de son assurance vie se met à prendre peur pour elle-même. La combinaison d’éléments angoissant ou perçu comme tels permet la montée du suspense. La falaise aux bords acérés, le verre de lait qui contient potentiellement un poison indétectable, les romans policiers que Johnny dévore, la mort de l’ami : tout nous semble ici dangereux, menaçant car tout y est vu par les yeux terrifiés de Lina. La musique dramatique appuie brillamment cette montée en tension. Le superbe plan des escaliers où Johnny apporte un verre de lait à sa femme souffrante et où se dessine l’ombre menaçante de son corps nous apparaît comme le climax de cette montée en tension.

Soupçons explore en profondeur la sinuosité de l’esprit humain, en proie constamment au doute. La base même du couple, la confiance, est ici dévoyée à l’extrême. La scène finale au bord de la falaise met à mal notre perception, mais ne parvient tout de même pas à effacer la menace qui a grandi magistralement tout au long du film.

Titre original : Suspicion

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Durée : 99 mn


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