Sortie DVD David Lean

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Pour le grand public, le nom de David Lean est définitivement associé au cinéma romanesque à grand spectacle. Avant cela, le réalisateur mena une carrière plus modeste mais tout aussi brillante dans le cinéma anglais, comme viennent le rappeler ses deux adaptations de Dickens éditées par Opening.

Sorti en 1946, De Grandes Espérances est le joli parcours initiatique en costumes d’un garçon des campagnes qui voit son destin chamboulé par un mystérieux bienfaiteur lui offrant une éducation de gentleman. David Lean livre une version très fidèle au roman de Charles Dickens, notamment dans sa construction littéraire, à travers la voix off du héros posant un regard ému sur ses souvenirs et erreurs passées. Chronique sur le passage à l’âge adulte, le film est divisé en deux parties. La première, plus naïve et touchante, narre l’enfance du héros. Les jeunes Tony Wager et Jean Simmons (pour son premier rôle marquant) font preuve d’une candeur et d’une méchanceté enfantines touchantes qui se prolongeront dans la seconde partie. Ces caractéristiques seront causes de souffrances dans le monde des adultes. Malgré un tournage essentiellement studio, Lean parvient à distiller quelques plans grandioses dont il a le secret, notamment les très belles scènes campagnardes du début du film, autour de la traque des évadés.

L’esprit de Dickens est parfaitement respecté, d’autant plus que les adaptations de De Grandes Espérances ne sont pas si nombreuses, la dernière remontant à 1998 par Alfonso Cuaron. Tout le contraire d’Oliver Twist, premier roman de Dickens aux versions cinématographiques multiples, dont la plus récente réalisée par Roman Polanski. Contrairement au gentil film pour enfants du réalisateur polonais, Lean retranscrit à la perfection la noirceur originelle du livre. Orphelinats insalubres où les enfants sont maltraités, bas-fonds londoniens sordides où survivre est une lutte, ruelles menaçantes regorgeant de mines patibulaires, toutes les descriptions et le message social engagé de Dickens sont dépeints (dont Lean saura se souvenir lors des saisissantes scènes de misère des victimes du Parti dans Docteur Jivago). Le rythme alerte et le sens du rebondissement sont également fidèles à l’esprit « feuilletonesque » du livre publié en épisodes comme il était de coutume de faire au XIXe siècle.

L’autre grand atout du film est évidemment l’interprétation d’Alec Guinness en Fagin. Malgré un physique juvénile aux antipodes du monstre du livre, il réussit à convaincre David Lean et offre une prestation intense et menaçante (sachant être comique à ses heures), grimé d’après les illustrations de la première édition du livre. La description clairement antisémite de Dickens, convention admise au XIXe (Dickens et d’autres auteurs ne s’en cachaient pas) fut d’ailleurs problématique en 1946. Le film connaîtra quelques remous lors de sa sortie longtemps retardée aux USA, malgré certaines coupes. Quoiqu’il en soit, cette version de Lean reste de loin la meilleure adaptation.

Bonus : des suppléments courts mais passionnants où Laurent Bury (professeur de littérature anglaise) revient de manière instructive et érudite sur Charles Dickens, les thèmes et le contexte de sortie des livres. Il délivre foule d’informations essentielles et pointe les rares différences (pour la plupart judicieuses) entre les films et les romans. Joli document d’archive également, la petite annonce diffusée dans les salles avant la projection de De Grandes espérances pour le casting du Oliver Twist à venir. Les copies sont de toute beauté : comparées aux précédentes éditions, les nuances du noir et blanc n’ont jamais mieux resplendit.


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