Trois places pour le 26

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« C’est la vérité et le mensonge, la réalité et le rêve, ce qu’on veut paraître et ce qu’on est vraiment ».

C’est en ces termes que Demy résumait 3 places pour le 26 ; c’est de son œuvre en général qu’on croirait qu’il parle. Entre fiction et réalité, Demy, à travers ses acteurs,  se plait à nous perdre… et à perdre ses personnages.

La frontière est ténue : où se trouve la réalité, où se trouve la fiction ? Demy se déplace sur cette ligne de démarcation, esquissant tantôt un pas d’un coté, tantôt un pas de l’autre.
Le réalisateur « joue » avec  la réalité du personnage de Montand. Et c’est ce jeu qui est particulièrement intéressant ; réussir à trouver l’équilibre, à articuler les différentes vérités dans un tout non seulement cohérent, mais aussi divertissant, étonnant.
Si la forme du conte, du merveilleux,  permet de jeter de la poudre aux yeux pour traiter de réalités, on se place ici à un tout autre niveau sur ce que l’on pourrait appeler « l’échelle des réalités », puisque le personnage principal – du trio de 3 places pour le 26 – n’est pas fictif.

Dans 3 places pour le 26, Yves Montand joue son propre rôle, ou plutôt joue un Yves Montand fictionnel retraçant lui-même, sur scène, dans le show « Montand de notre temps », la vie du vrai Montand…
Où est l’homme, où est l’acteur, où est le personnage de fiction… Demy parvient à faire de la vie – pourtant bien réelle – de Montand, une partie intégrante de son univers fictionnel. Le show – près d’un tiers du film – trace le bilan de la carrière de Montand, et, si c’est bien de ce dernier dont il est question, 3 places pour le 26 étant le dernier film de Demy, on ne peut s’empêcher de vouloir y voir un bilan de la propre carrière du réalisateur, de relever les similitudes mises en avant sur scène (la province, le goût pour le music hall…).

Les personnages se trouvent modelés au gré des envies du réalisateur. Ce dernier joue avec les destins, usant, comme très souvent, de non dits, rencontres manquées ou autres chassés-croisés (à ce titre, Les Demoiselles de Rochefort est un ballet). Les personnages se croisent sans se reconnaître, se cherchent sans se voir, se parlent sans tout savoir.
Quand Maria pose des questions sur le mystérieux premier amour de Montand, elle ne sait pas qu’il s’agit de Mylène, sa mère (situation qui n’est pas sans rappeler Les demoiselles de Rochefort, lorsque le vendeur de piano parle à Solange de son premier amour sans savoir qu’il s’agit de la mère de cette dernière).

Toujours doubles (pensons à Peau d’Ane, à la fois princesse et souillon), les personnages de Demy ont une vraie profondeur. Chacun est le fruit d’une histoire plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord. Dans 3 places pour le 26, on a un Montand artiste-star bien établi, qui ne cesse de penser à son premier amour qu’il veut retrouver : une baronne autrefois putain, que son passé et ses mensonges rattrapent. Et une fille (ici, dans tous les sens du terme), simple parfumeuse, qui rêve de devenir une artiste reconnue.

Les personnages sont liés et reliés. L’exemple, ici, peut être pris dans le couple mère-fille (cellule-thème chez Demy) où la fille répète, à plusieurs niveaux, les actions de la mère. Maria joue, sans le savoir, le rôle de sa mère sur scène et va jusqu’à prendre sa place aussi dans le lit de Montand. Ce n’est ensuite que par ce dernier, et par hasard, qu’elle apprend et comprend la vérité, que sa mère est le mystérieux premier amour de l’homme avec qui elle vient de passer la nuit.  La découverte de cette vérité, la mise à jour des liens unissant les trois personnages du « trio-ronde » ne fait pas d’émules, tous les univers se mélangent pour une fin qui me parait pleine d’espoir (bien qu’il soit intéressant de savoir que ce n’était pas la fin que Demy, seul, aurait choisi). Chacun se retrouve avec sa “ petite dose de bonheur ”, personne n’est en reste.

Maria, qui rêve de devenir une star au début du film, se trouve en passe de le devenir : premier « petit bonheur ». Forte de ses espoirs, elle « offre » Montand à sa mère, permettant ainsi à ses parents d’accéder à leurs  « petits bonheurs ». On pardonne tout, et on recommence. Aucune mention n’est faite de l’inceste (… encore un thème « Demy »), ce qui est fait est fait et… c’est tout. Pas de drame. La simplicité du dénouement est déconcertante et réconfortante à la fois : oui, les choses parfois peuvent arriver, « couler », tout simplement.
On peut (et doit !) croire à ses rêves, croire que les erreurs peuvent être corrigées, les regrets passés rattrapés… ainsi peut être interprétée cette fin, qui clôt à la fois 3 places pour le 26, mais aussi l’œuvre de Demy.

 

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Durée : 116 mn


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