Ratatouille

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Sans temps morts, le film déroule sa mécanique narrative pour nous livrer une histoire savoureuse entre fromage et dessert.

Ratatouille ou comment démontrer une fois pour toute au monde du cinéma traditionnel la place indispensable que représente le cinéma d’animation quand celui-ci est élevé à un tel niveau de savoir-faire. Film d’une exigence absolue, le dernier né des studios Pixar nous stupéfait par son brio et sa classe naturelle. Bien supérieur aux productions des autres majors (même les derniers Pixar semblent désormais manquer d’un petit « je ne sais quoi »), Ratatouille réinvente tout simplement les codes de l’animation en 3D pour nous offrir un spectacle enivrant, d’une intensité visuelle jusqu’alors inégalée.

Orchestré par l’immense Brad Bird, Ratatouille se déguste pour ce qu’il est, à savoir une œuvre pleine et entière destinée aux petits et aux grands, sans visée mercantile malvenue, ni autos références branchées à la solde d’un box office de plus en plus écrasant. Par la magie de pixels inouïs de perfection, le film libère des saveurs si onctueuses qu’il capture littéralement nos sens dans un ballet où les fourneaux et les plats mitonnés ne sont que les amuse-gueules d’une histoire vibrante où le rêve et la réalité se confondent (il suffit de s’arrêter sur la texture des aliments, sur le réalisme des ustensiles de cuisine, sur la reconstitution d’un Paris entre nostalgie et intemporalité). Comme aux plus belles heures des films de Disney (années 50-60), nous succombons irrémédiablement devant le charme d’une telle merveille cinématographique. Grâce au chef réalisateur Bird, les fautes de goûts n’ont pas voix au chapitre et, croyez le ou pas, cela fait vraiment du bien !

En assumant totalement ses thèmes de prédilection, Brad Bird humanise Rémy le rat, le rendant ainsi attachant et familier. Quoi qu’il dise ou qu’il fasse, nous sommes séduits. Le principe d’identification opère alors à merveille et nous accompagnons avec une réelle ferveur les pérégrinations de ce petit rongeur venu de sa campagne. Le réalisateur « pixélise » magistralement la destinée d’un petit rat d’égouts rêvant de devenir chef cuisinier dans un grand restaurant français.

L’introduction est à ce titre exemplaire. Mélange habile entre voix off (celle de Rémy) et flash back, elle permet au réalisateur d’exprimer en quelques plans les désirs refoulés de Rémy. Son environnement familial (son père, de la vieille école et donc castrateur, veut perpétuer la tradition ; son frère, lourdingue sympathique capable de manger n’importe quoi est le contraire de Rémi et représente à lui seul une société de consommation ne se préoccupant pas de ce qui se trouve dans l’assiette) et sa relation à la nourriture dans son inclination naturelle à la gastronomie font de Rémy un personnage torturé, tiraillé entre besoin d’émancipation et amour pour sa famille.

Cette approche servira de canevas narratif aux différentes festivités du métrage et nourrira la relation entre Rémy et le commis Linguini. Se refusant d’entrer dans le jeu des poncifs d’une animation en mal d’inventivité, Ratatouille ose scénariser la part d’ambiguïté de chaque individu dans une dramaturgie complexe qui place le concept de réussite non pas en tant que but à atteindre, mais en tant que problématique. Le chemin croisé de Rémy et de Linguini, amis de circonstance, devient alors la plus belle réussite du film. Si nos deux héros n’ont pas leur place dans une cuisine (le premier est un rat, le deuxième un commis à la maladresse rédhibitoire), leur collaboration s’avère l’idée force d’un film à l’inventivité magistrale. Dans un enchaînement de comique de situations que n’aurait pas renié Buster Keaton, notre Cyrano des fourneaux trouve un stratagème payant (pour lui et Linguini) et transforme notre commis en cordon bleu. C’est drôle, efficace et ça met en relief une relation où le plus faible vient en aide au plus fort.

Afin de retranscrire aux mieux cette collaboration au départ improbable, Brad Bird élabore une mise en scène qui capture comme jamais un espace perçu selon deux points de vue. Passant d’une dimension à une autre (du rat à l’humain) dans une fluidité qui facilite la véracité de leur collaboration, Ratatouille multiplie l’appropriation d’un cadre protéiforme qui donne une osmose au métrage tout entier. Le perfectionnisme du monsieur n’est pas sans rappeler celui d’un certain Myiazaki. Au final, chaque élément trouve sa place, des personnages aux plats, en passant par le troublant critique culinaire, personnage démoniaque refoulé qui ne demande qu’à être surpris. L’intégration du rat, son interaction avec le commis Luiguini, leur accord, les enjeux imposés et la représentation des aliments comme fondement de certaines vertus, font de Ratatouille un film somptueux qui expérimente jusqu’aux moindres détails les possibles d’un art au service d’un peu de rêve et de folie.

Sans temps morts, le film déroule sa mécanique narrative pour nous livrer une histoire savoureuse entre fromage et dessert. Aller voir Ratatouille est une aventure en soi tant l’univers est coloré, tant l’histoire est stimulante, divertissante et apporte une satisfaction instantanée.

A lire : l’article de Matthias Turcaud

Titre original : Ratatouille

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Durée : 110 mn


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