Oki’s movie

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Un Hong Sangsoo de plus. Mineur mais forcément sans équivalent.

Réalisé en treize jours, en pleine post-production de son précédent Ha Ha Ha, Oki’s movie a le charme des petits films d’auteur à l’existence quasi accidentelle. Car, à en croire les propos de Hong Sangsoo lui même, c’est avant tout pour se convaincre de sa capacité à tourner en toute circonstance qu’il entreprit de réaliser un film de plus, dans l’urgence, avec l’équipe la plus restreinte qui soit (chef op’, éclairagiste, ingé son et productrice). En résulte un objet sans grand enjeu, franchement mineur (pour ne pas dire anecdotique), mais qui, peut-être parce que son signataire n’a déjà plus grand chose à prouver, ayant su instaurer en dix films un style d’une vigueur parmi les plus reconnaissables du cinéma contemporain, surclasse largement le tout-venant des comédies sentimentales.

Oki’s movie, c’est le regroupement de quatre mini contes de quinze ou vingt minutes (pour un long métrage petit format de pile quatre-vingt minutes), suivant comme de coutume les pérégrinations amoureuses d’une poignée de personnages peu ou prou liés au milieu que connaît le mieux Hong Sangsoo, soit donc le cinéma. Quatre histoires introduites et surlignées à intervalles réguliers par la voix off de l’un des trois protagonistes principaux, soient Jingu, étudiant en cinéma puis cinéaste, Oki, camarade du premier et Song, leur professeur. Histoires certes clairement distinctes, ouvertes chacune par un générique redistribuant le nom des interprètes sur fond de musique classique (Pomp and Circumstance d’Edward Elgar), mais qui, insensiblement, sont évidemment vouées à se répondre, rimer d’une manière ou d’une autre, par le biais d’un truchement scénaristique plus ou moins prévisible.

La force du film en son entier réside, comme toujours chez Hong Sangsoo, dans son irréprochable direction d’acteurs, notamment le jeu de l’excellent Lee Sunkyun (Jingu), dont les modulations râleuses de la voix confèrent au tout premier récit une légèreté particulièrement appréciable. « Un jour pour l’incantation » accompagne en effet ce dernier lors d’une journée de présentation de son nouveau film qui progressivement virera au cauchemar éveillé, la meilleure amie de l’une de ses présumées ex l’accusant en plein débat d’avoir gâché la vie de la jeune fille. Grande scène (sans doute la plus intense de tout le film), où, sur la durée, se lit progressivement l’embarras puis la colère sourde de Jingu, pouvant aussi bien tenir lieu d’aveu d’une forme d’éternelle lâcheté masculine que de révolte légitime d’un homme au moins digne du bénéfice du doute.

Cette puissance d’incarnation resurgira par intermittence tout au long d’Oki’s movie, dans des séquences aussi variées que, dans « Le Roi des baisers », celle de séduction maladroite par le même (?) Jingu, alors étudiant, de l’Oki du titre (Jung Yumi), ou la jolie réunion du trio prof et élèves dans une salle de classe, dans « Après la tempête de neige », où le Professeur Song partage avec Oki et Jingu sa philosophie d’homme mûr en pleine voie de reconversion. Dans la tension amoureuse comme dans la douceur amicale, quelque chose toujours finit par prendre, rachetant ici et là les quelques flottements d’un ensemble par ailleurs dénué de relief.

Oki’s movie se conclut par un quatrième récit donnant son titre au film. Soit celui de l’héroïne qui, dans le cadre de son propre film, décide de croiser deux situations vécues au même endroit, à un an d’intervalle, mais avec deux hommes différents (soit Song et Jingu). Touchante mais un peu bloquée par son concept, cette micro-fiction conclusive est le plus faible maillon de la chaîne, laissant trop apparaître les fondations théoriques de l’édifice Oki’s movie. Là où le charme des trois premiers récits, aussi bien pris indépendamment que dans leur relativité, reposait sur le dessin de petites vignettes du hasard, de petits contes des embarras ordinaires (ceux que la plupart de ses précédents films surent si bien matérialiser), celui de ce finale, malgré son postulat ludique, reste un peu diffus, au vu d’un concept finalement très scolaire. Application ne suffisant néanmoins pas à faire de ce onzième opus une déception. Juste… un – bon – film de plus ?

Titre original : Ok-hui-ui yeonghwa

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Durée : 80 mn


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