Mesrine, L’instinct de mort

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30 ans après le massacre que lui concocta les agents du quai des orfèvres, trois décennies après la fin de cette cavale sans issue, Richet, le militant du cinéma français, chope une caméra, accepte le fric de Thomas Langmann (jeune producteur en vogue) et dirige Vincent Cassel dans le rôle du filou des seventies. Résultat : passable !

Devons-nous regretter le passé ? Pas de réponse, jamais. Souvent, au coin d’une rue sans joie, des désabusés aspirent à recoller les morceaux d’un puzzle contaminé par la vie. Des tentatives souvent décriées comme une folie et pour lesquelles le romantisme a toujours eu le mauvais rôle. Au coin de ces rues, donc, se faufileront des marginaux, des crève-la-faim, des torturés de la haine, des Mesrine en somme. Ennemi public numéro 1 dans la France des années 70, Jacques Mesrine reste encore un mystère, une de ces icônes trop souvent portées aux nues et dont le gangster lui-même refusait toute médiatisation incontrôlable.

Rien ne nous laissait présager la beauté de la première séquence. Admirable est le qualificatif utilisé sans exagération, tant Richet installe en quelques beaux plans le thème principal de ce polar noir, la fameuse « peur au ventre ». Ce je-ne-sais-quoi qui deviendra le meilleur ami de Mesrine, qui l’emmènera toujours plus haut, dans des situations rocambolesques, est ancré dans les yeux de Cassel, dans sa gestuelle débonnaire et dans cette aura qu’il dégage. 5 minutes d’extase qui plongeront ce fou dans une agonie des plus conséquentes. Richet débute par la fin car comme tout le monde le sait, Mesrine fut massacré par la Police qui le filait depuis des mois. Place de Clignancourt, les Condé orchestrèrent de main de maître, un sacré requiem pour un con. Point de lyrisme, ni de violon en pagaille, du pur, du brut, des cris et un corps criblé d’une vingtaine de balles. Belle mélodie pour un tueur.

Richet, en cinéphile qui se respecte, utilise savamment les codes narratifs des polars US que la Warner produisait dans les années 30. Entre Bogart, Hawks, Walsh et Cagney, Richet pioche sans état d’âme et en tire quelques atouts qui parfois séduisent. L’interprétation fiévreuse de Cassel est sans aucun doute la quinte flush de cette partie, même si le spectateur pourra se montrer un tantinet exigeant en découvrant la composition caricaturale du personnage, très vite dissipée lorsque Richet reprend son histoire depuis le début. Car, Mesrine est un diptyque et L’instinct de mort, la première partie de cet opéra poli. Scénarisé en outre par Abdel Raouf Dafri (auteur du remarquable La Commune, série TV), L’instinct de mort narre une quête initiatique, une recherche de soi d’un personnage pris dans le tourbillon de l’ennui. Essuyant les refus de la vie normale, Mesrine s’en ira du côté des salles obscures et commencera dans la pègre ses premiers faits d’armes. En 2 heures, Richet montre tout, passe du plan rapproché au large paysage américain (avec un clin d’œil à John Ford au passage), bouscule Cassel dans des scènes intimistes et le maltraite dans une succession de tableaux chocs où l’action prend des airs de déjà-vu.

L’Instinct de mort est un produit convenable, bien calibré et sans fioritures. Il y a beaucoup de générosité dans ces kilomètres de pellicules, beaucoup de sueur dans l’intelligence de l’interprétation et surtout du panache dans la construction narrative. Trop de perfection tue malheureusement ,car tout ce microcosme est dénaturé par cet élément fondamental que les cinéastes d’aujourd’hui omettent d’appliquer, une proposition de cinéma. Lorsque Richet décide de présenter Mesrine comme un paria qui se sent surveillé constamment, qui voit d’un mauvais œil cette épée de Damoclès suspendue sous ce crâne certi de pierres tombales, c’est en cinéaste qu’il réfléchit. Tout au long du film, l’auteur du très bel Etat des lieux (son tout premier film) peine à insuffler de sa personnalité dans cette production formatée, et de temps en temps, on sent pointer une rage qui ne demandait qu’à sortir du corps impatient. Richet filme une période sans pour autant y prendre du plaisir.
La seconde partie plongera Mesrine dans sa période la plus médiatique, celle qui va lui donner ses lettres de noblesse. Celui qui sera déçu par le premier volet, ne peut que se lécher les babines avant de voir L’Ennemi public n°1 (titre de la seconde partie), car mon petit doigt me dit que les années Giscard, période d’injustice sociale et de dépressions chroniques, réussiront à Richet.

Titre original : Mesrine, L'instinct de mort

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Durée : 113 mn


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