L’Italien

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« A 22 ans, on n´a pas besoin de se chauffer les fesses! » : l´Olivier de Kad aurait dû bâtir son film sur cette réplique quasi rimbaldienne… On n´est pas sérieux quand on fait de la comédie ! Du moins, on ne devrait pas…

Dino Fabrizzi fait tout comme les vrais Italiens : boire du café, parler fort en agitant les mains, vendre des Maserati. A la clef de la bande originale : des Lasciatemi cantare, Sarà perché ti amo, et autres vieux tubes indélébiles que l’Italie toute entière nous paierait pour oublier. Evidemment, quand on va voir L’Italien, on ne s’attend pas à entendre chanter Amadou et Mariam… Nous attendions-nous toutefois à ce que Dino s’appelle en fait Mourad Ben Saoud?

Pour trouver du travail, Mouno, Dirad, bref, Kad Merad, a dû s’arranger avec la vérité pour trouver du boulot malgré ses parents parfaitement intégrés, sa nana, sa jolie sœur fonctionnaire, et sa belle-sœur Geneviève. Attention : ce "bienvenue chez les musulmans" est moins exotique que son homologue ch’ti ! On n’est pas encore assez audacieux pour rire de tout, surtout en pleine polémique sur la burqa. C’est pourquoi, lorsque Mourad rentre chez lui, on assiste à une adorable réunion de famille ensoleillée comme de l’huile d’olive Puget, qui tourne au vinaigre quand papa Ben Saoud succombe à une attaque cardiaque en plein "moment Nutella". Nous pouvons bien nous permettre cette page de publicité : le film entier est tourné comme la réclame pour une banque populaire… voire une commande du ministère de l’Identité Nationale.

Parfaitement intégré : le problème, c’est que Mourad ne l’est pas, et sa trouille se réveille lorsque son père convalescent lui demande de faire le ramadan à sa place. Promesses tenues : point de sentence accusatrice, c’est bien, mais de la compréhension, de la mesure. En veux-tu ? En voilà. On voudrait du désordre quand le réalisateur fuit tout conflit explosif : Dino préfère encore sauter dans l’avion pour Rome avec son patron pot de colle, plutôt qu’affronter le face à face avec sa mère qui débarque à l’improviste dans l’aéroport. Chut ! C’est pour le bien du scénario, il ne faut pas que la vérité éclate : oui. C’est drôle : bof. Les situations toutes molles qui découlent des choix scénaristiques se complaisent dans la facilité et laissent indifférent.

Le quiproquo schizophrénique s’englue dans la guimauve. Depuis son bain de chewing-gum, monsieur Pivert est dépité : on songe avec nostalgie à l’unanimiste mais joyeusement tapageur Rabbi Jacob où, dans le respect le plus total de la diversité, tout le monde en prenait pour son grade. Ici, trop de respect tue le respect : atrophie des gestes, muselage des débordements, flicage du ridicule. Guillaume Gallienne, l’ami juif et peintre gentil – oui, c’est un paradis – en cartes d’identités, et un "Couscous un jour, couscous toujours" lancé à la cantonade ne suffiront pas à nous donner la patate. Nouvel avertissement : cette comédie est sérieuse. Dieu sait qu’une patate n’a jamais remplacé un cerveau. Bon élève, Olivier Baroux souhaite nous faire méditer sur nos préjugés. Il n’investit pas au hasard dans quelques définitions du dictionnaire des ablutions pour les nuls, très didactiquement et littéralement retranscrites à l’écran les premiers jours du jeûne.

Admettons que la comédie lorgne parfois vers le drame social. Quand Kad Merad s’irrite, on est loin de s’étonner de la furie électrique d’un Louis de Funès. Quand Kad Merad est triste, on est loin de s’émouvoir des maladresses irrésistibles d’un Bourvil. On peut trouver de très mauvaise foi la comparaison avec deux géants français de la comédie sixties. On peut aussi simplement regretter que le fleuron omniprésent de la comédie française soit aussi fade. Le promu chouchou Kad Merad reste sage comme une image. Tout arrive au bon moment, la pluie quand ça ne va pas, le coucher de soleil en tête à tête. La fin – rédemptrice – aussi. Maman Ben Saoud, évoquant l’immigration avec amertume, résume à elle seule tout le film : "On avait compris qu’on nous demandait pas de nous intégrer, mais de ne pas déranger".

Titre original : L'Italien

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Durée : 102 mn


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