Les Promesses de l’ombre

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Depuis maintenant presque quelques années Cronenberg a opéré une mutation radicale dans son œuvre cinématographique. Abandonnant les excroissances corporelles et les organismes maladifs, il se penche dorénavant sur la psyché humaine qui, elle aussi, peut se révéler monstrueuse et difforme. Point positif : c’est l’occasion pour le réalisateur canadien de développer un cinéma brutal et […]

Depuis maintenant presque quelques années Cronenberg a opéré une mutation radicale dans son œuvre cinématographique. Abandonnant les excroissances corporelles et les organismes maladifs, il se penche dorénavant sur la psyché humaine qui, elle aussi, peut se révéler monstrueuse et difforme. Point positif : c’est l’occasion pour le réalisateur canadien de développer un cinéma brutal et sans concession. L’envers de la médaille : son cinéma entre dans le moule des production mainstream où l’aspect dérangeant de ses premières œuvres a complètement disparu.

Les promesses de l’est, traduction du titre original, se veut une radiographie de la Mafia et de ses ramifications avec le monde de la prostitution. Quand on sait ce que Cronenberg a déjà fait avec Videodrome sur le monde des snuffs, et par extension de la prostitution, on était en droit de s’attendre à une peinture noire de cet univers parallèle où seule règne la violence et l’inhumanité, et où il aurait exploré cette fissure de l’âme à travers des personnages en souffrance. Promesse qu’à moitié tenue.

La grande réussite du film est indéniablement la prestation de Viggo Mortensen, impérial, dense et ambigu au possible. Son visage taillé au couteau, son regard absent offre au film sa tonalité la plus sombre. Entouré d’un Vincent Cassel en chien fou et d’une Naomi Watts jouant son rôle de manière un peu trop professionnelle, autrement dit carrée et fade, Mortensen porte sur ses épaules toute la densité du film. La séquence d’anoblissement par les parrains de la mafia où son corps va subir les stigmates de son ordination, ou celle, incroyable, de la baston dans le hammam, une violence sèche où l’arme blanche pénètre à diverses reprises le corps à nu de Mortensen, nous rappelle à quel point Cronenberg, quand il ne cherche à plaire à un public dorénavant acquis à sa cause, excelle dans une mise en image de la virilité et de la confrontation de l’homme face à lui-même.

En revanche il montre ses limites avec son personnage féminin trop ancré dans son désir de maternité. Pire, ce rôle court-circuite le film, le maître de la Nouvelle chair préférant suivre les déboires de Naomi Watts que d’approfondir le monde de la prostitution, avec sa chair meurtrie ne vivant que dans l’expectative d’une mort imminente. La scène du bordel est à cet égard symptomatique ce que qu’aurait du être le film. Cronenberg met en scène Mortensen et Cassel au milieu d’adolescentes, où le premier est obligé par le second de faire l’amour à l’une des prostituées. Violente et poétique, la scène se termine par un plan somptueux du corps « baisé » avec une liasse de billets à ses côtés. Le réalisateur à cet instant filme sans complaisance l’horreur des corps soumis, blessés, avec une distanciation qui donne froid dans le dos. Là était son sujet et malheureusement il ne fait que l’effleurer le temps d’une séquence. A croire qu’il n’ose pas montrer de face cet univers de la commercialisation du corps humain. Ou qu’il ne veuille plus se mettre à dos la critique bien pensante. Imaginons ce qu’il aurait pu faire d’un tel sujet il y a vingt ans.

En place de voir un film qui aurait du être dérangeant et interdit aux moins de 16 ans, nous sommes face à un film de très bonne facture certes, mais qui loupe le coche quant à son potentiel sulfureux. Oui, Cronenberg s’est bel et bien assagi.

Titre original : Eastern Promises

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Durée : 80 mn


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