Les Citronniers (Lemon Tree)

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Deux ans après La fiancée syrienne, Eran Riklis continue à observer ce qui se joue au Moyen-Orient à travers l´histoire d´un bout de terre âprement disputé. Cette fois-ci, c´est un verger de citronniers qui est le coeur d´une bataille qui va bien au-delà du politique.

Comme en écho au très beau documentaire Mur de Simone Bitton, voici maintenant une fiction sur la frontière, sur ce mur qui sépare Israéliens et Palestiniens dans les territoires occupés, sauf qu’ici, comme métaphore de vie, la ligne de démarcation coupe en deux un jardin d’agrumes et en empêche son exploitation. Il faut dire que d’un côté, dans la partie israélienne, vit le couple formé par le ministre de la Défense et sa belle épouse. Et, de l’autre, survit une belle veuve aux faux airs de la Magnani. On pourrait dire que c’est un très beau film, on en a très envie, surtout qu’il dénonce, qu’il a le courage de dénoncer cette partition. Mais le scénario pèche quand même par quelques petites incohérences : pourquoi le ministre s’installe-t-il justement dans cette partie, tout près de la ligne de démarcation, lui qui est tellement inquiet que des terroristes le visent depuis la forêt de citronniers qui les rendraient invisibles. N’y aurait-il pas d’autres endroits où bivouaquer ? Et comme par hasard, sa voisine est pauvre, veuve, seule au monde avec juste un vieil homme comme ouvrier agricole, tandis que son fils est parti travailler aux Etats-Unis dans un restaurant. Reste que les citronniers vont mourir de soif parce qu’on interdit à Salma Zidane (un poster du célèbre footballeur trône d’ailleurs dans un des décors du film !) de les arroser car ils ont le malheur de pousser trop près de la clôture. Malgré l’avis contraire du ministre, le gouvernement a du reste l’intention de faire procéder à l’arrachage de tous ces citronniers.

Partagés entre poésie et un zeste de démagogie, on peut dire que nous restons toutefois un peu sur notre faim car toute cette histoire n’est pas vraiment ni réaliste, ni néoréaliste. Un conte aux métaphores toutefois un peu outrées: les citronniers sont la vie, la femme est l’avenir de l’homme et, même si la politique et la guerre gagnent toujours à la fin, on ne pourra jamais bousiller l’espoir dans l’âme des humains exploités ou rejetés. Il faut dire que la propre femme de monsieur le ministre prend les parts des Palestiniens et s’oppose, par presse interposée, aux positions officielles d’Israël mettant à mal l’avenir même de son ministre de mari.

C’est plutôt bon signe de voir un film aussi optimiste, en tout cas aussi humaniste, mais certaines scène restent difficilement crédibles, notamment l’idylle entre Salma Zidane et son jeune avocat, Ziad. Quoique très belle pour son âge, il nous semble particulièrement difficile d’admettre qu’elle pourrait vivre aussi librement dans un pays où la tradition est quand même très influente. La fin du film n’est d’ailleurs pas très optimiste, puisque la justice tranchera : les citronniers ne seront pas arrachés, mais ratatinés, ce qui est peut-être pire encore et un mur de béton opaque sera construit pour séparer les deux territoires, au risque de boucher complètement la vue depuis la terrasse de la maison du ministre. Qui a gagné ? La position du réalisateur de La fiancée syrienne, Eran Riklis, est toujours aussi ferme mais, depuis, la situation au Moyen-Orient aurait plutôt eu tendance à se compliquer. Il faut voir dans ces portraits de femmes, dans ces différentes visions de la solitude, une situation plus proche de la condition humaine qui dépasse le seul cadre d’Israël pour devenir politique et psychologique. Tout espoir est-il encore permis ? Shalom.

Titre original : Lemon Tree

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Durée : 106 mn


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