Le Premier venu

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Energique et stylé, le nouveau Doillon ressemble comme deux gouttes d’eau à son cinéma… c’est sa plus grande qualité.

Nouvelle jeunesse d’un cinéaste peut-être trop connu, suridentifié au fil des films, Le Premier venu semble survenir d’un besoin très urgent de cinéma. L’adhésion y est immédiate, la fiction capte l’intérêt dès la première scène et, surfant entre temps forts et faibles, pics et plaines, déroute et reprises, trouvera dans ses deux heures une constante promesse d’installation.

L’affaire excède ici le seul amour ; l’énergie, l’élan, ne sont pas ceux d’une simple recherche de correspondance des affects, mais d’un sens immodéré du défi, de la mise à l’épreuve des acquis. Qu’un garçon et une fille se plaisent et se tournent autour, que cela puisse faire tout un film, une comédie ou une tragédie, la longue histoire de l’art et des hommes l’a prouvé et le prouvera sans doute toujours. Reste à trouver à cette éternelle aventure une potentielle excroissance, une dissonance. C’est ce que ce film, le 24ème de son auteur en trente-cinq ans de carrière, tente et réussit avec une précision admirable.

Camille et Costa s’aiment peut-être, c’est du moins ce qui pourrait expliquer leur incapacité à mettre fin à une histoire pourtant boiteuse. Mais leur affection potentielle s’accompagne d’une étrange recherche du petit grain de sable, de l’élément perturbateur qui fatalement enclenchera l’explosion de l’apparente harmonie. Si l’un suffit à l’autre, pourquoi s’obstiner à s’introduire dans les lieux abandonnés du passé ? Quelle nécessité y a-t-il à rencontrer la femme de Costa, sa fille dont il ne s’occupe plus depuis si longtemps ? Mais surtout, pourquoi laisser à Cyril, le flic en baskets, la possibilité de croire en une chance de conclure ?

Marivaudage ? Jeu de l’amour ? Certes. Mais aussi, et surtout, aspiration à travailler le déséquilibre au corps, à briser les harmonies. Les personnages de Doillon aiment le danger et les gouffres qui l’accompagnent. Leur obsession est de gratter la surface, de défoncer les portes : sans désastre, pas de rebond, sans rebond, pas de mouvement, sans mouvement, pas de fiction, sans fiction,  pas de raccord… Le cinéaste donne à ses acteurs, en même temps qu’à leurs personnages, toutes les cartes. Bien que toujours maître des lieux, perversement enfoui dans les plis du dialogue et le tracé des gestes, son ambition est de laisser à ces figures le loisir de se réinventer sans modération, jusqu’à l’épuisement et la dilution la plus absolue.

A ce jeu là, nulle promesse de fin, aucun enjeu autre que celui d’une circulation purement vitaliste. De chaque côté de la caméra s’instaure le relais d’une folie douce, d’une ivresse de mots et d’actions. Bien que l’histoire soit passionante, elle se révèle très vite dénuée de toute logique, soulagée de toute explicitation. Comme une manière, pour l’auteur, de réaffirmation de son propre style, mais également de toute une idée du cinéma français, par l’exploitation périlleuse et pointue de ses clichés. Maniérisme ? Plus ou moins. Incroyable culot, surtout, risque d’être définitivement affilié à une invariable recette.

C’est de cette défiance, cette arrogance même, que résulte la magie  de ce Premier venu. Théâtre à ciel ouvert, chronique d’une renaissance en temps réel, il y a fort à parier que cette audace séduira même les plus réfractaires à ce type de cinéma. Là se situe en somme le véritable marivaudage : à la frontière des habitudes respectives de l’auteur et du spectateur.

Titre original : Le Premier venu

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Durée : 123 mn


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