Okinawa International Movie Festival : Journal de bord jour 1 et 2


Okinawa International Movie Festival : Journal de bord jour 1 et 2

Il était une fois le cinéma a l’honneur de couvrir pour la première fois cette année le Festival International de Cinéma d’Okinawa (19-22 avril). Bilan des deux premières journées.

Article de Justin Kwedi



Le Festival International d’Okinawa en est actuellement à sa dixième édition. La cérémonie d’ouverture qui conjugue les nombreuses interventions d’acteurs locaux avec une longue diffusion des bandes annonces de la sélection pléthorique résume bien l’esprit global du festival. Il s’agit de faire de vraies découvertes cinématographiques à travers le cinéma japonais récent et asiatique en général mais aussi diffuser la culture d’Okinawa. Côté reprise c’était notamment l’occasion de revoir le film d’animation Your Name de Makoto Shinkai (2016), carton du box-office japonais récent et bijou mélancolique découvert aussi dans les salles françaises. On pouvait aussi revoir Gosses de Tokyo de Yasujiro Ozu (1932), des curiosités épiques comme Baahubali 2 : The Conclusion de S. S. Rajamouli qui fut vu en France (ainsi que son premier volet) au Festival de l’étrange.

 
Parmi les nouveautés, on a pu voir deux films très différents revisitant le cinéma japonais ou observant certaines spécificités culturelles. Dawn of the felines de Karuza Shirashi (2017) s’inscrit ainsi dans le revival du Roman Porno, genre phare et sulfureux de la Nikkatsu dans les 70’s et dont le studio souhaite donner une veine contemporaine en faisant appel à des réalisateurs réputés et audacieux formellement comme Sono Sion ou Hideo Nakata. Dawn of the felines tout en se soumettant aux scènes érotiques de rigueur est un beau portrait de femmes collectif où des escort-girls voient s’opposer leur profession et aspirations amoureuses. Intimiste, social et magnifiquement interprété c’est une belle découverte. Autre ambiance avec Dolmen X, montage cinéma d’un drama qui voit des extraterrestres devenir des pop Idol pour mener leur projet d’invasion. Une bonne dose d’absurde nourrit le ton du film un peu déséquilibré entre vision moqueuse du phénomène Idol au Japon et vrai description de ce milieu et de ses codes. Pas inintéressant en plus d’être interprété par Tina Tamashiro, modèle star du moment au Japon et d’avoir sa bande-originale composée par Cookie, trublion comique de la télévision japonaise au sein de son duo Yasei Bakudan. L’unanimité semble se faire autour de Born, Bone, Born de Toshiyuki Gori (2016), belle évocation d'une famille brisée par la mort de la matriarche. Entre rires et larmes, on évoque le deuil par le biais de la tradition ancestrale du Senkotsu. Encore présente sur l’île d’Aguni Shima au Nord-Ouest de Naha à Okinawa, cette tradition consiste à enterrer les défunts sur le versant ouest de l’île, dans « l’autre monde » et nettoyer les os quand le corps s’est décomposé des années plus tard. Ce film fait justement le lien vers l’autre mission du festival, exporter la culture de l’île d’Okinawa.
 

 
Sur ces deux premiers jours, cela se fera en trois temps pour les journalistes. Ce sera tout d’abord une rencontre avec Madame Maeda de l’Okinawa Film Office, qui nous expliquera en détail les possibilités de tournages, le rôle de sa structure créée pour les faciliter et, bien sûr, de nombreux exemples de productions récentes (japonaises et internationale) qui se sont déroulées à Okinawa. Une excursion nous aura ensuite fait découvrir la diversité et la beauté des paysages d’Okinawa (l’occasion notamment de voir les vrais décors de Born, Bone, Born) et de ses métiers, notamment un passage dans l’usine à sel de Nucchima-su. Place ensuite à la vie culturelle de la ville de Okinawa City, melting-pot d’influences marquée par la présence américaine. Le grand moment fut la visite du cinéma Theater Donuts, spécialisé dans la diffusion de cinéma d’art et essai et de productions (fictions et documentaires) d’œuvres spécifiquement okinawaiennes. Le propriétaire est également le guide du jour dans la ville, le très jovial Mr Kinjo qui nous fera découvrir cette très conviviale salle de cinéma - où affiches de classiques étrangers et japonais renvoient encore à ce mélange de culture. Deux premiers jours bien remplis donc qui auront permis de s’imprégner des lieux tout en tâtant le pouls du cinéma japonais et asiatique contemporain.

 



Logo IEUFC