Festival de Cannes, jours 8 et 9 : Robert Pattinson métamorphosé, Sofia Coppola épatante, du réconfort pour Vincent Macaigne


Festival de Cannes, jours 8 et 9 : Robert Pattinson métamorphosé, Sofia Coppola épatante, du réconfort pour Vincent Macaigne

Critique film par film pour deux jours essentiels du Festival de Cannes, de Sofia Coppola à Jacques Doillon, en passant par Vincent Macaigne, les frères Safdie et un détour par "Oh Lucy!"

Article de Stéphanie Chermont, Jean-Michel Pignol



Compétition : Les Proies (The Beguiled) de Sofia Coppola

Alors que la Compétition officielle commençait à s’adoucir, se ralentir, la réalisatrice de Marie-Antoinette (2006), Somewhere (2010) ou The Bling Ring (2013) est venue chahuter les festivaliers avec un long-métrage adapté du roman de Thomas P. Cullinan. Après un film déjà existant sorti en 1971, Les Proies, avec Clint Eastwood, Sofia Coppola adapte sur grand écran avec son style et sa manière de réaliser et de filmer les femmes un long métrage empreint de poésie et de romantisme tragique. Dans un internat de jeunes filles, en pleine guerre de Sécession, un soldat blessé vient se faire soigner par ces femmes de différents âges, en quête de séduction, chacune à leur manière. Nicole Kidman, Elle Fanning et Kirsten Dunst forment, avec trois autres jeunes actrices talentueuses, un gang féminin à la fois touchant et machiavélique. Elles oscillent entre séduction et jeu de charme pour avoir les faveurs du loup entré dans la bergerie... Colin Farrell, interprète exceptionnel, bèche la terre de cette maison coloniale autant que les espoirs de ces filles désireuses d’exalter leur féminité. C’est fin, très drôle, bien réalisé et surtout le film nous plonge dans une atmosphère intense, d’époque. Sortie prévue dans nos salles le 23 août.


ACID : Pour le réconfort de Vincent Macaigne

Cette année, comme l’année passée, la programmation de l’ACID est exceptionnelle. En témoigne le pari de montrer au public cannois le long-métrage de l’acteur Vincent Macaigne, Pour le réconfort, tourné avec très peu de moyens à Orléans. Avec cet objet, Vincent Macaigne tente de confronter les points de vue français de gens issus de milieux différents, riches, pauvres, bourgeois, paysans, le tout en bande de copains obligés de se voir. Mêlant discussions dans des voitures, sur des terrains, dans des maisons de retraite, et ce malgré quelques maladresses dans la réalisation et le montage, on ressent la vision de l’acteur sur la société qui l’entoure, qu’il questionne avec intelligence, qu'il secoue. Un film définitivement bizarre mais réfléchi, sensible et intéressant. Sortie en salle le 1er novembre.


Compétition : Rodin de Jacques Doillon

Pas facile de s’attaquer au sculpteur Rodin, dans son atelier et sa relation avec Camille Claudel. C’est pourquoi le choix du casting, essentiel, avec Vincent Lindon et Izïa Higelin, est une bonne idée. Jouant sur une lumière exceptionnelle, Jacques Doillon nous plonge littéralement dans la vie de Rodin à Paris en 1880. Le film, même si très bien réalisé, souffre un peu de longueurs. Mais la performance des comédiens et l’investissement que l’on ressent de Vincent Lindon pour sculpter comme le maître donnent envie de laisser une chance à ce long métrage, sensuel et charnel. Sortie le 24 mai.
 


Compétition : Good Time des frères Safdie

Ben Safdie et Joshua Safdie, deux frères réalisateurs et acteurs de leur film, forment le duo inattendu de la Compétition. Pour Good Time, ils ont transformé Robert Pattinson en caïd aux cheveux décolorés, prêt à sauver son frère handicapé des erreurs qu’il a lui même commises... Braquage, sang, action : tourné aux Bahamas, dans des parcs d’attraction, ce film policier qui vire au drame mise tout sur la performance. Chaque plan est spectaculaire, chaque réplique est originale, avoir les réalisateurs acteurs de leur propre film lui confère un charme fou, bien que l’histoire soit légère. On aurait aimé en voir plus, que les personnages soient davantage poussés dans leurs retranchements. Encore un peu de patience, le film ne sort au cinéma que le 11 octobre.

Stéphanie Chermont






Recherche Lucy désespérément

Excitant, le pitch d’Oh Lucy ! présenté à La semaine de la critique. Setsuko, quadragénaire effacée, employée modèle, s'inscrit à un cours d’anglais durant lequel elle doit opter pour un nouveau nom et porter une perruque blonde. La voilà devenue Lucy ; le double émancipé de Setsuko. Le film lui aussi se dédouble. Un versant japonais totalement maîtrisé. Dans une atmosphère surréaliste par moments, Atsuko Hirayanagi gratte, avec humour, la fine couche de vernis censée humaniser cette société. La partie américaine du récit, elle, choisit l’optique du décalage culturel. Commence alors une démonstration d’une lourdeur déconcertante. Bienvenue chez les Ricains, un peuple pas très finaud, mais si détendu et libéré : drogue, tatouage et sexe sur un parking. Coté casting, Shinobu Terajima crève l’écran, intrépide et vulnérable, fine et touchante de bout en bout. Face à elle, le bankable Josh Hartnett se contente de jouer les utilités.

Jean-Michel Pignol


Nos précédents articles sur le Festival de Cannes 2017 :

Festival de Cannes, Jour 7 : La lumière de Kawase, les Talents Adami et la série Top of the Lake au Palais

Festival de Cannes, Jour 6 : D'une vie simple à une vie sanglante ou bourgeoise

Festival de Cannes 2017, jour 5 : une journée Redoutable en insouciance et en Iran

Festival de Cannes 2017, jour 4 : Act Up, Kristen Stewart et une vérité qui dérange

Festival de Cannes 2017, jour 2 et 3 : coup de coeur pour Okja de Bong Joo-ho avec Tilda Swinton

Festival de Cannes 2017 : une première journée forte avec Les Fantômes d'Ismaël d'Arnaud Desplechin



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