Cannes 2016 : Bilan


Cannes 2016 : Bilan

Palmarès oublieux pour sélection de haute volée.

Article de Jean-Baptiste Viaud



 “C’est un théorème cannois : les mauvaises sélections font les plus beaux palmarès, et inversement.” La formule est d’Isabelle Régnier, dans son papier du Monde daté du 22 mai, au moment de commenter le palmarès de cette édition 2016. On ne saurait être plus d’accord, tant cette année, avec une Compétition officielle plutôt haut de gamme, le résultat des courses s’avère pour le moins conventionnel.

La Palme d’Or à Moi, Daniel Blake, “un très grand Ken Loach” pour Stéphanie, n’est pas déshonorante - le cinéaste britannique fait du mélo social fort et n’oublie jamais ses engagements militants -, mais vient confirmer que, parfois, le jury cannois ne va pas chercher très loin pour couronner un film de qualité mais balisé. “Un autre monde est possible, et nécessaire”, a conclu Loach dans son discours de remerciements : l’occasion de vérifier une nouvelle fois que la Palme d’Or, effet d’entraînement ou, on a du mal à le croire, simple coïncidence, récompense une oeuvre qui dit quelque chose de l’état du monde, et de sa plus ou moins bonne marche. C’est plutôt louable, et on ne s’offusque pas de ce qu’un cinéaste aussi droit dans ses bottes décroche les lauriers, même si l’audace n’était pas le maître mot de la cérémonie de clôture.



Car quid de Toni Erdmann de Maren Ade (dont l’extraordinaire Everyone else (2010) nous avait déjà chavirés), dont tout le monde chantait les louanges ? Où est Almodovar avec Julieta, son film le plus maîtrisé depuis des lustres ? Comment oublier Bruno Dumont et Paul Verhoeven, dont les deux films (Ma Loute (en salles) et Elle (sortie ce mercredi 25 mai) venaient dynamiter un cinéma français souvent embourbé ? Pas d’Aquarius non plus, alors que le film de Kleber Mendonça Filho était l’un des plus stimulants d’un point de vue de la narration, et offrait à Sonia Braga, star brésilienne, le rôle le plus bouleversant du festival ? Et Guiraudie, alors ?

Il faut saluer le prix ex-aequo de la mise en scène à Cristian Mungiu (Baccalauréat) et Olivier Assayas (Personal Shopper), qui offraient deux films tenus et intuitifs ; il est autorisé, en revanche, de s’agacer du Grand prix offert à Xavier Dolan qui, avec Juste la fin du monde, n’offrait pas quelque chose d’horrible mais usait de tant d’artificialité que la récompense donne le sentiment que le jury s’est fait avoir - mais c’est un style (le sien, qui est plus est), et pourquoi pas, après tout.

Du coup, on choisit surtout de retenir la Caméra d’Or donnée à Divines, de Houda Benyamina qui, dans un discours trop long mais vivifiant, soulignait à juste titre que le festival appartient aussi aux femmes. Et on retiendra longtemps son “Weintrop, t’as du clito”, lancé au délégué général de la Quinzaine des réalisateurs : formule parfaite et audacieuse, comme un doigt d’honneur à un palmarès trop sage.


 

Le Palmarès complet 


- Palme d'or : Moi, Daniel Blake (Ken Loach)
- Grand prix : Juste la fin du monde (Xavier Dolan)
- Prix du Jury : American Honey (Andrea Arnold)
- Prix d'interprétation féminine : Jaclyn Jose pour Ma'Rosa (Brillante Mendoza)
- Prix d'interprétation masculine : Shahab Hosseini pour Le Client (Asghar Farhadi)
- Prix de la mise de scène : Personal Shopper (Olivier Assayas) ex-aequo avec Baccalauréat (Cristian Mungiu)
- Prix du scénario : Le Client (Asghar Farhadi)
- Caméra d'or : Divines (Houda Benyamina)
- Palme d'or du court métrage : Timecode (Juanjo Gimenez)
- Mention spéciale Court métrage :  A Moça que dançou com o diabo (La jeune fille qui dansait avec le diable) (João Paulo Miranda Maria)

 


Fiche du film


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