Exposition Brune/Blonde : t’as de beaux cheveux, tu sais !


Exposition Brune/Blonde : t’as de beaux cheveux, tu sais !

La Cinémathèque française présente une exposition capillaire orchestrée par Alain Bergala, mêlant et démêlant art et cinéma. Un poil trop superficielle…

Article de Alexandrine Dhainaut



Alain Bergala fait la part belle à l’accessoire le plus naturel de ces dames : la chevelure. Couleurs, coupes, symboles, histoire, géographie, sociétés, sont à peu près les grandes lignes de cette exposition « Brune/Blonde ». Prendre pour thématique curatoriale une opposition aussi binaire est un peu délicat, pour ne pas dire casse-gueule. Car, être ou ne pas être blonde, si telle est la question, elle paraît bien simpliste. Alain Bergala s’en explique : « Et c’est bien cela qui était intéressant. Partir d’une question qui peut sembler superficielle, charmante mais futile, et s’apercevoir qu’en la creusant on touche à des choses bien plus sérieuses ».


Rita Hayworth, Gilda, Charles Vidor, 1946

Les grandes figures, blondes et brunes - les Marilyn Monroe, Lana Turner, Rita Hayworth, Jane Mansfield, Louise Brooks, et autres Liz Taylor - sont évidemment là et démontrent à quel point les réalisateurs ont été des créateurs d’icônes (enfin surtout blondes) et des faiseurs de modes au rayonnement international. Le glamour ne se suffisant pas à lui-même, les choses sérieuses dont parlait Bergala peuvent commencer : l’exposition rappelle que la blondeur n’a pas servi qu’à imposer le modèle hollywoodien et le mythe de la blonde sulfureuse, mais aussi la propagande nazie. Que le cheveu est émancipateur (ou pas), et reste une véritable revendication sociale que ce soit chez les féministes ou les Black Panthers, documents d’archives à l’appui. Ou que les gestes, que son entretien nécessite, ont traversé l’histoire de l’art, du motif pictural de la femme se peignant, à la vidéo performance de Marina Abramovic, infligeant à sa toison brune des coups de brosse fatals.

 
Louise Brooks, Loulou, G. W. Pabst, 1929


Finalement, les pièces les plus intéressantes de l’exposition ne sont pas celles qui affichent la sensualité comme autant de stéréotypes du genre, et que l’on connaît par cœur : Brigitte Bardot dans Le Mépris, Anita Ekberg dans la fontaine de Trévi dans La Dolce Vita ou Marilyn Monroe entourée des boys dans Les Hommes préfèrent les blondes, mais celles qui s’incarnent dans la vie : les images incroyables de Veronika Lake acceptant de modifier sa célèbre coiffure bouclée (qui a inspiré celle de la fiancée de Roger Rabbit !) pour les besoins pratiques d’une Amérique en guerre ; le président tunisien Bourguiba ôtant le voile des femmes de la rue devant les caméras, ou encore ce témoignage de Jean Renoir racontant la stupeur générale provoquée par sa belle-sœur, l'actrice Vera Serjine, lorsqu’elle s’afficha avec une coupe courte dans l’hôpital militaire où Renoir séjournait.
 
 
Même si l’exposition comporte de nombreux extraits cinématographiques (dont certains mémorables comme ce crêpage de chignons filmé par les Frères Lumière ou l’extrait de Le Vent de Sjöström), elle semble toutefois souffrir de points de vue cruciaux : où sont les témoignages des coiffeurs de stars mythiques, des chefs opérateurs, des réalisateurs ? Pourquoi une blonde ? Pourquoi une brune ? Pour quel effet ? Quelle plasticité à l’écran ? Où est donc Hitchcock ?! Car finalement, ce sont ceux qui font qui en parlent le mieux. A ce titre, Alain Bergala a tout de même eu la bonne idée de commander des courts métrages pour l’occasion à Abbas Kiarostami (mention spéciale pour sa vidéo qui dit à quel point les cheveux sont lourds de symboles, même pour des petites filles), Isild Le Besco, Yousry Nasrallah, Nobuhiro Suwa, Abderrahmane Sissako et Pablo Trapero, qui interrogent la chevelure féminine aujourd’hui.

Tant dans les œuvres d’art (pourquoi autant de préraphaélites ? Mystère…) que dans le choix des extraits, l’exposition ne se départ pas tout à fait de son côté anecdotique, voire fourre-tout. Au final, on aura vu une succession de tignasses : laquées, mouillées, crêpées, hantées, éventées, et cætera, et cætera... Ça décoiffe ? Pas tant que ça…


 

Catherine Deneuve, Belle de jour, Luis Bunuel, 1967





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