Et maintenant on va où ?

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Nous sommes au XXIe siècle après Jésus-Christ ; toute la population libanaise est occupée à s´entredéchirer … Toute ? Non ! Car un village peuplé d’irréductibles libanaises résiste encore et toujours à l’envahisseur…

Un petit village isolé dans les montagnes, une église, une mosquée, beaucoup de cailloux, des mines anti-personnelles d’un côté, une guérilla au fusil de l’autre, bienvenue au…

« Cette guerre entre deux confessions est universelle. Elle pourrait tout aussi bien se dérouler entre sunnites et chiites, entre noirs et blancs, … » (1)

Bienvenue à Marseille, donc, où l’agitation bat son plein devant l’installation en plein air de la « salle » de télévision commune. Cela dit, difficile de chercher le signal avec sérénité l’antenne à la main quand on risque de voir son pied voler en éclats au moindre faux pas. Dans ce village-ci, la promenade n’est jamais de santé. Une différence de taille entre ce Et maintenant on va où ? de Nadine Labaki, et la série Plus belle la vie de France 3… Ambiance bon enfant aidant, pourtant, on s’y croirait presque. Serait-ce la romance tarte à la crème – mais contrariée –, type « ils se virent, ils s’aimèrent », liant la tenancière chrétienne du café avec son ouvrier musulman ? Le manque flagrant de profondeur des personnages, tous cantonnés, sans exception, au rang de seconds rôles fort sympathiques ? L’atmosphère, conviviale, familière et chaleureuse, malgré les joies et les peines ? Son drame final prévisible dès la première demi-heure du film ?
 

Nadine Labaki a opté pour la simplicité fédératrice et schématique de la fable, avec tous les risques encourus, notamment la prédisposition à la naïveté qui a vite fait de se muer en niaiserie. La linéarité de la trame rappellera celle des contes pour enfants, mais dénuée de leur symbolisme. Les étapes franchies par les héroïnes pour empêcher leurs hommes (maris et enfants sévèrement débilisés) de se bastonner relèvent plus de la blague que de l’allégorie… Chapitre un : le sabotage de la télévision ; chapitre deux : l’apparition de la vierge ; chapitre trois : les strip-teaseuses ukrainiennes ; chapitre quatre : les gâteaux au haschich. Toute réminiscence de « pudding à l’arsenic » (2) ne serait que pure coïncidence… Plus qu’un conte, il s’agit véritablement d’une comptine, puisque la réalisatrice a tenu à ajouter des passages musicaux. Si l’introduction fait son petit effet, on bloque toutefois sur la puérilité trop ostentatoire de la mise en scène autour du duo impossible et malheureusement risible de Roméo et Juliette libanais, alias Rabih et Amale.

« Ma chérie, tu reverras la vierge demain. »

Au final, toutes les audaces formelles de Nadine Labaki apparaissent injustement simplettes et platement mignonnes au regard du seul défi véritablement hardi qu’elle s’est lancé : réaliser une comédie absurde inspirée de la guerre civile au Liban. Ce pari là est d’autant plus réussi que la conclusion de Et maintenant on va où ? se révèle véritablement astucieuse… On rit de bon cœur à la spontanéité de certaines répliques bien placées ou carrément inattendues lancées par quelques personnages féminins, certes caricaturaux mais relevés, au potentiel burlesque probablement assez salé pour tenir un rôle récurrent dans une bande dessinée, au même titre que le maire du village, plutôt gratiné. Un petit village qui se serait bien passé des effets de style de midinette imposés par une Nadine Labaki maladroitement zélée.

(1) Entretien avec Nadine Labaki, dossier de presse, p5.
(2) Confère le formidable dessin animé Astérix et Cléopâtre (1968).

Titre original : Et maintenant on va où ?

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Durée : 110 mn


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