Rencontre avec Panos H. Koutras : « J’ai l’impression que le monde est cruel envers les jeunes »


Rencontre avec Panos H. Koutras : « J’ai l’impression que le monde est cruel envers les jeunes »

Pour la sortie en DVD de « Xenia », interview par Skype entre deux coins du monde avec le réalisateur grec Panos H. Koutras.

Article de Stéphanie Chermont



Xenia, c’est l’histoire de Dany, un jeune de 16 ans Albanais par sa mère, Grec par son père, qu’il doit retrouver pour en hériter la nationalité. C’est aussi l’histoire de son frère Odysseas, 18 ans, beau comme un Dieu (grec) mais surtout prêt à tout pour soutenir son cadet. Par un voyage qui mêle liens familiaux, chansons italiennes, folie douce et amour pour la musique, les deux frères nous embarquent dans une aventure belle et cruelle. À découvrir ou à revoir en DVD depuis octobre.


Nous allons faire cette interview en français, pourquoi parlez-vous aussi bien notre langue ?

Je fais plein de fautes quand même... (rires). J’ai vécu à Paris pour mes études en partie et après, je suis resté dans cette capitale. J’aime travailler avec la France, je reviens de temps en temps, c’est mon deuxième pays et surtout, c’est mon pays d’adoption !

Comment est né le projet du film Xenia ?

J’avais envie de faire un film pour les adolescents, un « teenage film » comme on dit. J’ai pris dans mon précédent film un personnage, le colocataire dans Strélla (2009) et j’ai eu envie de le développer, de faire quelque chose de plus sur lui.

 
"C’est une courte période où l’on cherche son identité, on fait l’amour, on tombe amoureux pour la première fois".


Qu’est-ce qui vous inspirait dans cette période, l’adolescence ?

L’adolescence, c’est une sacrée période non ? Même si on la passe d’une manière calme ou alors problématique, c’est toujours un moment dans la vie qui a l’air fantastique. C’est une courte période où l’on cherche son identité, on fait l’amour, on tombe amoureux pour la première fois, on grandit, c’est extraordinaire quand même. J’ai aussi remarqué qu’en Grèce, en Europe en général, c’est dur pour les jeunes. Ça a toujours été dur pour les jeunes mais en ce moment, c’est pire. Je ne veux pas être le vieillard qui râle mais il me semble que c’est plus difficile. Surtout pour le peuple des pays qui sont en trouble, par exemple au Moyen-Orient, en Syrie, en Irak, au Maghreb, ce sont d’abord les jeunes qui sont les victimes. Ce sont les premiers à aller dans les bateaux pour émigrer, c’est triste. J’ai l’impression que le monde est cruel envers les jeunes. Je voulais en parler.
Crédit photo : Sébastien Vincent, Xenia présenté au Festival de Cannes 2014.


Pourquoi ce film s’appelle-t-il Xenia, d’où cela vient-il ?


Ça vient de « Xenos », l’étranger. « Xenia », c’est le mot en grec ancien pour dire l’hospitalité. La gentillesse en fait, l’hospitalité envers l’étranger. C’était un peu un mot culte en Grèce Antique, il fallait être gentil avec ceux qui arrivaient chez soi. Dans les années 50-60, une grande chaîne d’hôtels de luxe « Xenia » a été créée par le gouvernement pour les touristes. C’était le boom du tourisme et donc on a vu apparaître tous ces hôtels dans de beaux endroits en Grèce.

Comment avez-vous castés vos acteurs ?

Ce qui comptait en premier, c’était qu’ils soient des enfants de deuxième génération, des enfants d’immigrés albanais. Ensuite, il fallait qu’ils soient jeunes parce que pour moi, il n’y rien de pire qu’un vieux qui joue un jeune (rires). Et pour finir, c’était le talent, il fallait qu’ils assurent. On a mis un an avec l’agence de casting à chercher ces acteurs, on est allés dans les lycées, les écoles de théâtre, on a fini par les trouver.

Comment s’est passé le tournage de Xenia ?

Avec les garçons, c’était magnifique ! Ils sont formidables. Ils sont bosseurs, on a pas mal travaillé et répété en amont et ils étaient corps et âme dans le tournage. C’était un vrai plaisir pour moi de travailler avec eux. Par ailleurs, on a eu des problèmes financiers, on était au moment du tournage dans une période difficile en Grèce pour faire un film, la crise était à son sommet.

Quelle scène a été la plus marquante pour vous au moment du tournage ?

Plein de scènes ! Il faut dire que l’on a tourné l’été, dans le Nord de la Grèce, normalement il fait chaud, et là, il faisait un froid pas possible le soir. On n’avait pas prévu cela, on n’avait rien avec nous et pour le tournage, le soir, les deux acteurs sont nus à danser, on se souvient que l’on avait été au village acheter des couvertures ! Et il a tellement plu... Il n’y a rien de pire ! Encore un problème supplémentaire. Rien n’a été facile pour ce film, pendant un peu plus de deux mois.


Vous avez présenté le film au Festival de Cannes cette année, quel souvenir proche avez-vous de cet événement ?


La fatigue et l’angoisse (rires). Et le fait d’être saoul, j’ai tellement bu ! J’étais très content d’être à Cannes. C’est un événement exceptionnel, on ne pouvait qu’être heureux. D’autant plus que c’était un film difficile... J’étais soucieux car il fallait faire plein de choses et avoir la tête claire donc c’était dur. Mais j’ai adoré ce moment.

 
"Pour l’Europe, ça serait bien d’être solidaires"


Est-ce que c’est compliqué de réaliser un film en Grèce, selon vous ?

Oui, c’est difficile de faire un film en Grèce. Il n’y a pas beaucoup d’argent, les gens vont beaucoup moins au cinéma, comme partout dans le monde en même temps mais en Grèce, on le ressent pas mal. Les jeunes préfèrent dépenser leur argent dans une bière ou avec des amis d’autant plus qu’aujourd’hui, ils peuvent télécharger le film chez eux. Tout change en cinéma. La crise accentue tout. C’est plus dur et plus facile car aujourd’hui, on peut faire un film avec son iPhone ! On laisse une place aux films expérimentaux, c’est prometteur car de plus en plus de jeunes font du cinéma, même avec très peu de moyens.

Êtes-vous sur un autre projet en ce moment ?


Oui, j’essaie. J’écris en fait. Je m’inspire d’une femme. Une femme que l’on ne voit pas trop dans Xenia... (rires). Je mélange de la réalité et de la fiction, j’aime bien ça, avec du rêve, de la nature, de l’artifice.

Un mot de la fin ?

J’aimerais que l’on se retrouve, comme dans le film, tout commence avec une personne et se termine avec deux frères. J’aime cette dualité, j’aime l’amitié et pour l’Europe, ça serait bien d’être solidaires. Pas qu’en Europe en fait, qu’on le soit aussi avec les immigrés de l’Orient, ils sont malheureux, qu’on soit solidaires avec eux.

Propos recueillis par Stéphanie Chermont


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