Article de La Rédaction



Les profils Facebook voilés de noir, les hashtags #jesuischarlie bruissant sur Twitter et les pages de soutien affluent. On assiste même au lendemain de l’attaque contre le journal Charlie Hebdo au retour des chaines de texto, appelant à un soutien dématérialisé. Le plus impressionnant étant bien sûr les manifestations spontanées en France et à l’étranger, où les places des villes étaient gonflées d’anonymes, le cœur lourd mais l’indignation républicaine portée bien haut. Les grosses manifs à la françaises, dont on se moque parfois à l’étranger, ont revêtu hier soir leurs plus beaux atouts.

Le combat pour la liberté de la presse, bataille centenaire et jamais gagnée, est aujourd’hui à la fois atomisé – criminellement assassiné – et pourtant empoigné par les consciences comme jamais. Ou plutôt comme depuis 2006 et les nombreux tumultes ayant agité la planète suite aux publications de caricatures de Mahomet dans un journal danois. On ne va pas refaire le match, simplement rappeler qu’à l’origine de tant de drames il y a eu l’assassinat du cinéaste Théo van Gogh par un islamiste en 2004. Les premières illustrations furent des réponses à une forme d’autocensure des médias et du monde de l’art, craignant des représailles terroristes. Les hommes et la femme de Charlie n’ont jamais apprécié l’autocensure. Il n’y a pas grand-chose à démontrer de leurs assassinats, puisque la folie meurtrière n’a pas de sens autre que la destruction, aucune forme d’intelligibilité à nos yeux.

Mais on ne tue pas Charlie Hebdo. On ne détruit pas l’individualité de douze personnes par les armes. Ce violent rappel à un engagement quotidien pour une presse sans frayeur, plurielle dans ses intérêts et ses combats, aura au moins le mérite de nous confronter, nous journalistes, à nos devoirs.

Demain, nous allons continuer à publier, à écrire et à faire des images, à rendre compte de l’état du monde via les films qu’il produit, les livres et, bien sûr, les plus drôles et les plus railleurs des dessins.



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