Tu m'as ramassé du sol


Tu m'as ramassé du sol

Parole(s) de Terrence Malick.

Article de Fabien Alloin



Très tôt dans le film, Marina (Olga Kurylenko) prononce quelques mots qui serviront de légende aux images qui suivront : « Tu m'as ramassé du sol ». Destinés à Neil (Ben Affleck) ou bien prononcés pour elle seule, les mots ne s'envolent pas comme pouvaient le faire ceux de Tree of Life (2011) mais restent sur terre avec elle. « Tu m'as ramassé du sol ». Tu m'as aidé à me remettre debout. Tu as promis de m'aimer. Plus le film avance, plus on voit que ces mots, Marina les prononce pour eux deux. Neil se relève avec elle, et Terrence Malick le filme tout aussi hésitant que la jeune femme peut l'être. Quand commence À la merveille (2013), lui comme elle réapprennent à marcher et serrés l'un contre l’autre - lui lourdaud et elle dansante -, ils regardent les premiers instants de leur amour prendre forme, touchants et maladroits. « Tu m'as ramassé du sol » est une promesse qui a été faite et que le cinéaste doit tenir. C'est une promesse qui date de la post-production et du changement de nom de son film, quand The Burial  - l'enterrement - est devenu To the Wonder, comme un passage ouvert du sombre vers le merveilleux. Ce qui se trouve sur le sol ou creusé en lui avait l'allure d'un os de dinosaure dans Tree of Life et d'un bric-à-brac que des enfants enterraient tel un trésor - de la même manière que dans son premier film, La Ballade Sauvage (1973). Le merveilleux des deux êtres qui se relèvent du sol dans sa dernière réalisation ne tient qu’à cette promesse des mots, très tôt faite ; qu’à ce poids donné à la parole. « Tu m'as ramassé du sol ». Tu m’as redonné vie et depuis, tu es responsable de moi. Pourtant, une fois debout, une fois prêt à s’aimer, que faire ? À nouveau résonnent des mots simples, à peine noyés au milieu des images marquantes d’un prêtre (Javier Bardem) entouré de vieillards et de malades : "You shall love". Le temps de la douleur et de l’effort d’aimer approche : tu m'as ramassé du sol, maintenant aime-moi. Une tristesse absente de Tree of Life naît alors, de même que l’incertitude de ce que sera le dernier regard. Marina et Neil s’aiment aussi forts qu’ils le peuvent mais à leurs pieds, comme pour les remettre en terre, la marée montante avance sans qu’ils ne sachent précisément où et quand elle s’arrêtera. Si personne ne l’en empêche, elle compte aller jusqu’aux derniers mots.
 
 

Tree of Life



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