Vers un cinéma saoudien ?


Vers un cinéma saoudien ?

"Wadjda", premier film saoudien tourné dans le Royaume et par une femme, sort en France.

Article de Jean-Baptiste Viaud



Cette semaine sort sur les écrans Wadjda, film présenté comme un petit évènement pour deux particularités : c’est le premier long métrage saoudien jamais réalisé, et une femme en est l’auteur. Ce n’est, en fait, pas tout à fait vrai : si le cinéma d’Arabie Saoudite est très peu développé, il existait avant Wadjda. Il y a pourtant que le film de Haifaa Al-Mansour est le premier à avoir été effectivement tourné dans le royaume wahabbite, à la différence de ses prédécesseurs : Keif al-Hal? (Comment ça va ?, 2006), proclamé premier film saoudien officiel, avait été tourné aux Émirats Arabes Unis avec, pour actrice principale, une Jordanienne. La comédie dramatique de Izidore Musallam, Palestinien d’origine, évoquait déjà les déchirements du pays entre tradition et modernité, et avait été diffusé en pay-per-view grâce à un accord avec la chaîne de télévision Showtime Arabia. La même année, le court métrage documentaire Cinéma 500 km, dirigé par Abdullah Al-Eyaf, traitait de l’interdiction des salles de cinéma en Arabie Saoudite.

Car aucune salle officielle n’existe dans le royaume : Wadjda, qui ne compte que des Saoudiens au casting, n’y sera donc diffusé qu’en DVD et  la télévision. S’il fait figure de pionnier, c’est pour cette raison, mais aussi parce qu’il est l’œuvre d’une femme : dans une nation où le simple fait de conduire une voiture leur est interdit, tenir une caméra est acte de résistance. Wadjda, qui raconte comment une jeune fille décide de s’acheter un vélo (ce qui lui est évidemment prohibé) en participant à un concours de récitation coranique qu’elle espère gagner, a déjà été montré à la Mostra de Venise l’an passé, où on a eu tôt fait de le qualifier de chef-d’œuvre. Au festival de Dubaï, en décembre dernier, il y a reçu le Prix du meilleur film, où il a été vu par plusieurs Saoudiens qui avaient fait le déplacement. Il sort aujourd’hui en France, et mérite de se déplacer rien que pour ce qu’il est : le résultat du travail d’une femme cinéaste qui a dû tourner certaines scènes en donnant des instructions par talkie walkie depuis l’intérieur d’un van, pour ne pas être vue par les résidents de quartiers où elle ne pouvait pas se montrer en compagnie d’autres hommes. Et un film qui pourrait, pourquoi pas, ouvrir la voie à une production saoudienne plus conséquente.



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