Le documentaire est présent (mais qui le verra ?)


Le documentaire est présent (mais qui le verra ?)

Trois (bons) documentaires sur l'art en quinze jours : c'est trop ?

Article de Mickaël Pierson



Réservés initialement aux cimaises des musées ou aux tranches horaires reculées des programmes tv, les documentaires sur l’art trouvent ces dernières années de plus en plus souvent des créneaux de diffusion au cinéma. On est certes loin d’un Mystère Picasso d’Henri-Georges Clouzot (1955, prix spécial du Jury, de la mise en scène et Palme d’or à Cannes l’année suivante). Qu’il soit élégie techniciste (comme Pina de Wim Wenders, 2011) ou pédagogie laudative (Les Rêves dansants, Anne Linsel, 2010), les orientations sont multiples, mais leur arrivée en salles obscures est bien souvent liée à un évènement autour de l’artiste : les deux films sur Pina Bausch venaient célébrer une figure récemment disparue, de même que le plus ancien Louise Bourgeois : l’araignée, la maîtresse et la mandarine (Amei Wallach, Mario, Cajori, 2009) ; les films Jean-Michel Basquiat: The Radiant Child (Tamra Davis, sorti en 2010) et Gerhard Richter Painting (Corinna Belz, 2011) cette année sortirent pile-poil au moment de l’ouverture des rétrospectives consacrées aux artistes au Musée d’art moderne de la Ville de Paris et au Centre Pompidou – un opportunisme logique qui ne limite en rien la qualité des films, mais montre plutôt la difficulté de circulation de ce type d’objet.

Ce mois de décembre 2012 a ceci d’exceptionnel qu’il permet à trois très beaux documentaires sur l’art de trouver le chemin des écrans en toute liberté, sans la célébration autoproclamée de l’exposition ou l’hommage posthume. Aux côtés de l’enquête politique et engagée d’Ai Weiwei: Never Sorry la semaine dernière et de Anna Halprin : le souffle de la danse ce mercredi, c’est au tour de la hautement photo, télé et maintenant cinégénique Marina Abramović de déployer son art dans les salles obscures avec Marina Abramović: The Artist is Present de Matthew Akers tourné non pas pour mais durant la rétrospective au MoMA de New York en 2010 de celle qui s’est autoproclamée « grand-mère de la performance ». Pas d’actualité particulière pour ces trois artistes, mais un embouteillage cinématographique bien réel. S’ils ne sont pas de taille à lutter contre les rouleaux compresseurs du box office de fin d’année, sortant tous trois de manière simultanée, ces documentaires se retrouvent en plus en concurrence entre eux. Hasard ? Erreur de distribution ? Unique possibilité d’accès aux écrans tant la diffusion de certains films est ardue ? On ne sait pas trop. Mais leur sortie concomitante est sans doute regrettable. On ne peut qu’espérer que cela ne nuise pas trop à la carrière en salles de ces trois films qui sont bien au-dessus du documentaire sur l’art habituel et forment parmi les plus belles sorties de cette fin d’année. 



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