De la survie du cinéma indépendant


De la survie du cinéma indépendant

Contre la distribution minoritaire, quelles solutions ?

Article de Jean-Baptiste Viaud



Ce mercredi sortait Nuit #1, de la Québécoise Anne Emond, dans quatre salles seulement sur toute la France, dont trois à Paris et une à Montreuil. En dehors de l’Île-de-France donc, quelles perspectives pour le film ? Son distributeur, Fondivina Films, a décidé de diffuser le premier long métrage d’Anne Emond le temps d’une nuit, les 5 et 6 novembre, de 18h à 6h du matin, sur Dailymotion. L’idée : assurer à l’œuvre un maximum de visibilité, et pouvoir ainsi déclencher le bouche-à-oreille avant sa sortie au cinéma. Surtout, c’était le seul moyen pour les spectateurs de province (dans le cadre de la légalité) de voir le film. Un essai, donc, une tentative de faire exister le travail d’un cinéaste au-delà d’une distribution marginale.

Une semaine plus tôt, c’est le film brésilien Les Paradis artificiels, de Marcos Prado, qui avait tenté l’aventure en ligne, deux jours avant la sortie. Le film, qui bénéficie en France du label Eye on Film (EoF), s’était également associé avec Dailymotion pour tester la promotion du cinéma indépendant sur Internet. Celui-ci a eu moins de chance : malgré « 6060 vues » selon son distributeur Damned et EoF, il a été déprogrammé par 12 des 15 cinémas qui devaient le projeter la semaine du 31 octobre, le jour de sa sortie. Les exploitants ont redouté les salles vides et ont préféré la frilosité au risque. Pire : une semaine plus tard, le 7 novembre, Les Paradis artificiels n’est plus visible que dans une seule salle, au Publicis Cinémas de Paris, et à une seule séance par jour, à l’horaire tardif de 21h40.

Quel avenir pour ces films, alors ? Il y a de quoi désespérer, surtout pour les distributeurs qui continuent d’y croire et essayent de trouver de nouvelles voies de diffusion. « On a cassé la chronologie des médias, alors elle nous a tués », déclarait à l’AFP Yohann Cornu, responsable de Damned. Comment faire si on ne peut même plus expérimenter, alors qu’Internet offre de nouveaux moyens ? Attendre les propositions de la mission Lescure, chargée par le gouvernement d'une concertation sur la culture face aux enjeux du numérique, au printemps prochain ? Le cinéma indépendant, français et étranger, se bat pour émerger au milieu de la dizaine de films qui sortent chaque semaine. La création n’est pas en reste, mais la visibilité ? Giuseppe de Martino, secrétaire général de Dailymotion, le dit bien : « Il faut vraiment que les nouvelles plateformes comme les nôtres soient vues désormais par l'industrie culturelle comme un relais de diffusion et de distribution et non pas comme un nouveau monde dangereux ». C’est d’autant plus dommageable de condamner qui veulent leur donner plus de visibilité - ne pas les aider vaut aussi bien que de les assassiner.



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