Avec ou sans parapluies ?


Avec ou sans parapluies ?

Au fond du lit, sous la neige ou au soleil, l'Intégrale de Jacques Demy est idéale pour les vacances de Noël.

Article de Clémence Imbert



Avec ou sans Parapluies ? Avec ou sans Demy pourrait-on dire. Ce cinéaste de la mélancolie, du rêve manqué et de l'amour déchu, a divisé nombre de spectateurs, critiques et cinéphiles. On est récalcitrant à son cinéma, ou passionnément passionné par son univers. Mais qui n'a pas chantonné les inoubliables paroles des Demoiselles de Rochefort, mimé la danse sophistiquée de Gene Kelly et Françoise Dorléac, ou encore cuisiné la recette enchantée du cake d'amour de Peau d'Ane. Cinéaste dont l'émergence pendant la période bouillonnante de la Nouvelle Vague a troublé l'image, Jacques Demy est une icône incontestable de notre patrimoine. Grâce à la sortie de L'Intégrale Jacques Demy, supervisée par Mathieu Demy et Rosalie Varda en lien avec Arte Video, le Laboratoire et le Coin du Cinéphile se conjuguent pour le célébrer.
 
Réunir l'intégralité de la filmographie du cinéaste, des courts-métrages aux films et documentaires, ne fut pas tâche aisée. Mathieu Demy, qui nous a accordé une interview, revient sur les démarches administratives rébarbatives qui entravent l'exaltation face à la (re)découverte d'une oeuvre qui ne prend son sens que dans sa continuité exhaustive. On aurait tort de réduire Jacques Demy aux bonnes critiques et succès publics, à ses principales oeuvres chantées et d'influence américaine. La comparaison est certes justifiée par Les Demoiselles de Rochefort et Trois places pour le 26, mais nul ne peut nier l'innovation et l'audace de Jacques Demy lorsqu'il réalise Les Parapluies de Cherbourg et Une chambre en ville. Accompagné de Michel Legrand, Jacques Demy ne restitue pas l'amertume et la guerre des gangs que l'on retient de West Side Story, ou les numéros de claquette des comédies de Gene Kelly. Il mélange les deux, la dureté et la légèreté, le doux et l'amer, comme les « bonbons acidulés » auxquels on comparait ses films.
 
Comme un marin échappé du port de Nantes, attiré par les courants contraires, Jacques Demy a voyagé en chef de bord entre fiction et réalité, entre contes et légendes, entre les différentes villes provinciales, organisant un Tour de France Made in Demy. De Nantes (Lola, Une Chambre en ville), à Nice (La baie des anges), Marseille (Trois places pour le 26)..., Jacques Demy n'a cessé de reconstituer le théâtre du drame humain dont toutes les villes rencontrées créent une ville composite dont Nantes serait le modèle. D'une ville à l'autre, on ne s'y perd jamais, les personnages sont les guides. Ambivalents et profonds, ils ne font qu'un avec l'imaginaire et la cruelle réalité.

Bonne lecture à tous !



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