DVD "Argentina"


DVD

Une féérie de danses, de musiques et de couleurs, à (re)découvrir à l'occasion de sa sortie en DVD.

Article de Alexis de Vanssay



Nous sommes de plus en plus submergés – et sans doute est-ce un signe contingent de la mondialisation – par une production pléthorique de documentaires de voyages, notamment via le petit écran, nous proposant de découvrir des sociétés et leurs cultures sous toutes les latitudes. Un format de 52 minutes pour suivre un journaliste « baroudeur » chargé de nous faire découvrir telle ou telle contrée plus ou moins lointaine, ses habitants et modes de vie y afférant. L’exercice n’est bien entendu pas dépourvu d’intérêt car son caractère didactique et la petite lucarne qu’il ouvre sur le monde sont des oasis opportunes dans l’immense désert du tout-venant débile de la production télévisuelle, mais cependant, ne pourrions pas imaginer une évocation plus originale, plus sublimée - et partant, plus esthétique - de la réalité d’une nation, de ses territoires, de ses hommes, de sa diversité ?
 
 

 

Justement, Carlos Saura, le grand cinéaste espagnol, a semble t-il, réussi à relever ce défi avec Argentina, son dernier film, qui nous raconte l’Argentine, de la Pampa aux Andes, à travers la diversité de son folklore musical, de ses chanteurs et de ses danses. Sont évoquées les musiques traditionnelles aussi diverses que le carnavalito, la zamba, la chacarera, la copla, la chamané et tant d’autres. Et si, dans Argentina, diverses régions de cet immense pays sont représentées, l’action, elle, se déroule en un lieu unique et c’est là une des forces majeures du film.

Cet endroit unique, ce lieu de la fusion des cultures, c’est une scène de théâtre abritée par un immense studio de Buenos Aires dont les séquences d’ouverture et de fin d’Argentina nous dévoilent la magnifique superstructure d’acier. Saura qui a toujours eu une dilection particulière pour les arts scéniques fait donc siennes les règles d’unité de temps et de lieu du théâtre classique et nous offre une féérie continue de danses, de chants, de musiques et de couleurs sur une même scène. Pourtant, ce n’est pas une tragédie à laquelle il nous invite, mais à un véritable émerveillement de nos sens qui jouissent, pendant les 90 minutes que dure le métrage, d’une succession ininterrompue de chorégraphies admirables, de guitares sublimes et de chants de toute beauté.

Il n’y a pas de temps mort et les quelques petits silences qui s’intercalent ici ou là, entre les séquences, sont toujours de la musique. Souvent, les disciplines se combinent les unes aux autres. La danse vient illustrer la musique qui, elle, nous emmene loin, bien au delà de la scène, dans les limbes de la pure jouissance musicale et de la rêverie. De chaque spectacle – sans exception –, qu'il mette en scène un grand nombre de danseurs ou un seul soliste au piano, se dégage une impression d'harmonie parfaite. Pour arriver à une telle magie, ne nous y trompons pas, il a fallu le grand art de la mise en scène de Carlos Saura dont la sobriété du résultat et parfois le dépouillement ne doit pas faire oublier la grande précision et l’excellence.

Dans Argentina, la structure du décor est constituée de modules mobiles, formés par des châssis en aluminium facilement transportables, ce qui donne au metteur en scène une grande souplesse dans la composition de ses tableaux d’une scène à l’autre. Et puis, il y a le jeu des miroirs dont l’expérience de l’utilisation sur Tango (1997) et Fados (2007), notamment, a servi de base à la mise en scène cette fois-ci.
  
 
 

Il y a beaucoup de lumière dans ce film, et c’est aussi une des raisons de la beauté de ce dernier. Les fonds de scènes qui se succèdent comme autant de tableaux monochromes : rouge, rose, jaune, violet… Et puis, il y a une lumière impalpable, intangible, cristalline, presque spirituelle, qui émane des accords parfaits des guitares sur lesquelles se posent des voix prodigieuses qui montent au ciel. Et s’il fallait choisir un passage du film qui nous transporte littéralement, ce serait celui où une classe d’enfants vêtus d’une chemise blanche à leurs pupitres de bois regardent - mais surtout écoutent - médusés sur un écran la grande chanteuse Mercedes Sosa, décédée en 2009, en concert, interprétant sa célèbre chanson puissante et envoutante Todo Cambia. Cette séquence bouleversante est à l’image de ce film, qui est la symbiose parfaite de différentes disciplines (la danse, la musique, le chant) provenant de régions diverses, mais aussi des générations passées et futures unies dans l’émotion que procure la musique.

En définitive, nous pouvons dire que Carlos Saura, avec Argentina, réussit non seulement à nous émouvoir mais également, avec une grande humilité, à mettre son art, qu’il possède parfaitement, au service d’autres disciplines comme la danse et la musique dans leur grande diversité pour, in fine, célébrer la Beauté – tout simplement.

 

Argentina
de Carlos Saura - DVD édité par Épicentre Films - Disponible depuis le 2 novembre 2016


Fiche du film


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