DVD "L’Épopée de l’Everest"


DVD

Les sidérantes images de l’une des toutes premières ascensions de l’Everest, en 1924.

Article de Mickaël Pierson



Document historique, L’Épopée de l’Everest fait partie des premières images tournées dans la chaîne himalayenne. Le documentaire suit l’une des plus anciennes ascensions des cimes népalaises et tibétaines. Le 8 juin 1924, à la tête de l’expédition, les britanniques George Mallory et Andrew Irvine sont observés une dernière fois à quelques 193 mètres du sommet, laissant incertaine la réussite de leur entreprise (1). Réalisateur et alpiniste aguerri, le capitaine John Noel est le témoin privilégié de cette équipée. Il se rapproche de l’Himalaya dès 1913, puis est le photographe de l’expédition menée par Mallory en 1922 dont il ramène un court film. Des moyens supplémentaires sont mis en place en 1924 pour la réalisation d’un long métrage couvrant toute l’ascension.

Au-delà d’une fascination palpable pour l’Everest - les intertitres ont le ton des récits de voyage et d’aventure du XIXe siècle -, L’Épopée de l’Everest montre aussi la réalité d’une expédition dans les années 1920. Loin de l’image romantique de l’homme solitaire face à la nature, John Noel cadre un groupe immense de 500 hommes et bêtes. La caméra s’attarde en retrait afin de dévoiler la longue file montant vers les sommets et, loin de montrer uniquement la dizaine de membres de l’expédition, laisse aussi la place par moments aux 60 sherpas népalais, insistant sur la présence de femmes parmi eux. Le film mêle la dimension héroïque de l’aventure qui fait de l’Everest la dernière quête terrestre de l’homme, une dernière bataille à livrer face à la nature, au quotidien le plus trivial (la naissance d’un âne en cours de route).

  
 

Le documentaire revêt alors une part ethnographique puisqu’il montre les premières images filmées des peuples tibétains. L’Épopée de l’Everest s’ouvre d’ailleurs par un plan des montagnes sur fond de chants indigènes. Si on est loin de la rigueur scientifique, les quelques séquences invitent à découvrir un peuple encore peu connu de manière bien moins spectaculaire et sensationnaliste que bien d’autres documentaires de la même époque (In the Land of the Head Hunters - Edward S. Curtis, 1914 ; Nanouk l’esquimau - Robert Flaherty, 1922). Les intertitres semblent d’ailleurs bienveillants tout en admettant l’impossibilité de réellement comprendre ce qui est découvert. Ils insistent longuement sur les couleurs des parures et vêtements que le noir et blanc de l’image ne peut rendre.

Après la première étape de l’ascension, alors que les difficultés commencent véritablement, les intertitres vont se faire un temps plus rares pour une confrontation directe avec la montagne et la majesté des lieux. Passés 7000 mètres, l’équipe de tournage ne peut monter plus haut avec le matériel. John Noel va ainsi se poster sur un sommet de 6700 mètres, le Nid d’aigles, pour avoir une vue dégagée sur le pic à atteindre. La suite du film est alors essentiellement composée de plans pris au téléobjectif, conçu spécialement pour l’expédition par Noel et qui lui permettra de filmer 1220 mètres au-dessus de lui à plus de trois kilomètres de distance. C’est à l’époque la plus longue distance filmée. L’Épopée de l’Everest relate ainsi des exploits humains autant que techniques. Les quelques membres poursuivant l’ascension, munis de bouteilles d’oxygène, apparaissent tels de minuscules figures s’arrimant à la montagne.

 
 

La dernière fois que l’équipe est vue, c’est à 8655 mètres, à 193 mètres du sommet. Ils disparaissent et puis plus rien. L’Épopée de l’Everest montre ainsi les dernières images de Mallory et Irvine. Le réalisateur avait donné à l'équipe un appareil photo et une petite caméra pouvant filmer deux minutes, mais les appareils n’ont pas été retrouvés. Le corps de George Mallory n’a été découvert qu’en 1999. Le drame change complètement le ton du documentaire. Jusque-là très sobre, attaché à la réalité de l’expédition, la fin du film s’ouvre à une dimension spirituelle, presque mystique. John Noel rappelle les recommandations et les mises en garde d’un lama tibétain avant l’ascension. Chomolungma, la déesse-mère - nom tibétain de l’Everest -, aurait-elle avalé les hommes présomptueux et inconscients qui vinrent la défier ? Comme pour répondre à ces questionnements, de la même manière qu’à l’ouverture du film, les images des cimes sont teintées en bleu ou rose, magnifiant plus encore la force du paysage.

  
 

L’Épopée de l’Everest de John Noel - DVD édité par UFO Distribution - Disponible depuis le 5 mai 2015.

Supplément
s :
Deux brefs mais passionnants documentaires relatant l’histoire et la restauration du film. La version actuelle de L’Épopée de l’Everest a été obtenue d’après une copie de projection très abîmée mais complète qui a été comparée à une copie d’exploitation de John Noel en meilleur état, dont le montage diffère et sans intertitres puisque le réalisateur animait lui-même la projection du film. L’édition comporte aussi un fac-similé de l’affiche originale de 1924 et les notes de production.


(1) Il faut attendre 1953 et l’expédition d’Edmund Hillary et Tensing Norgay pour que l’ascension de l’Everest soit établie avec certitude.


Fiche du film


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