DVD "Minuscule : La Vallée des fourmis perdues"


DVD

Avant, il y avait les fables de La Fontaine. Maintenant, il y a "Minuscule".

Article de Amélie Navarro



Les insectes naissent, vivent et meurent - pitoyablement écrasés par nos monstrueuses semelles usagées, la plupart du temps. Leur existence, que l'on soupçonne vaine et éphémère, n'est pourtant pas dénuée d'intérêt et de beauté. C'est ce que le cinéma a quelquefois eu l'ambition de démontrer en mettant au premier plan l'activité de ces bestioles, souvent agaçantes, jamais inutiles et dont la grandeur et la grâce microscopiques ont absolument tout de cinématographique. L'exploitation des insectes au cinéma n'a toutefois pas toujours été très heureuse, les nombreuses productions entre les années 1950 et 1970 révélant par l'horreur nos angoisses profondes vis-à-vis de ces êtres minuscules et terrifiants (La Mouche noire - Kurt Neumann, 1958 ; L'Empire des fourmis géantes - Bert I. Gordon, 1978). Heureusement, les années 1990 vinrent à notre rescousse, nous permettant de revoir nos a priori et de ranger nos insecticides, avec le fantastique Microcosmos : Le Peuple de l'herbe (Claude Nuridsany et Marie Pérennou, 1996) ou, dans un genre plus animé, en ressuscitant ces petites créatures aussi enquiquinantes qu'adorables avec Fourmiz (Eric Darnell et Tim Johnson, 1998) et 1001 pattes (John Lasseter et Andrew Stanton, 1998).

 
 

Forts du succès qu'ils connaissent depuis plusieurs années avec la série Minuscule : La Vie privée des insectes (2006 - ), Hélène Giraud et Thomas Szabo ont décidé de réinvestir leur recette gagnante au sein d'un long métrage intutilé Minuscule : La Vallée des fourmis perdues. Les réalisateurs s'attaquent au même univers tout en composant une partition tout à fait différente des films d'animation que nous avons traditionnellement l'habitude de voir. Chez Minuscule, les babillages pétillants prennent le pas sur les dialogues démesurés, de même que les chuintements rythmés écrabouillent toute idée de sérénade artificielle et naïve. La candeur, dans ce nouvel univers, se mesure à un tout autre niveau. Signe distinctif de leur méthode : le subtil équilibre entre prise de vues réelles et techniques d'animation, entre la beauté de la nature et les petits êtres qui la composent. Pourquoi reconstituer, via des images de synthèse, des paysages qui sont déjà, de base, magnifiques ? Loin d'être réactionnaire, la question a lieu d'être, et si les deux camarades se la sont posée, c'est pour très vite trancher, en optant pour les charmes d'une nature authentique - l'équipe étant alors partie tourner dans les parcs nationaux des Écrins et du Mercantour.

 
 
 
C'est ainsi que l'histoire de Minuscule prend place au sein d'une campagne accueillante que nous avons tous un jour foulée de nos pieds nus. Le film débute par un pique-nique, tout ce qu'il y a de plus normal, entre un couple d'amoureux. La nappe à carreaux soigneusement étendue, le panier en osier rempli de victuailles fraîches et colorées, les baisers vont bon train entre l'homme et la femme, incarnation parfaite d'un bonheur plus franchouillard qu'épicurien. Cette atmosphère de quiétude prend rapidement fin avec l'arrivée imminente du bébé que la jeune femme porte en elle depuis, supposons-nous, plusieurs mois. C'est à coups de contractions silencieuses que le couple quitte sa table de fortune en un départ plein de frénésie et d'impatience. La nourriture abandonnée devient alors, l'espace d'un instant, le lieu de tous les pillages, cédant la place à une scène fantastique où toutes sortes d'insectes se croisent, composant un véritable concert de bourdonnements et transformant le pique-nique ainsi dévasté en un étonnant marché. Une vieille boîte à sucres métallique va soudainement devenir l'objet de toutes les convoitises, déclenchant une guerre sans merci entre le clan des gentilles fourmis noires et celui des diaboliques fourmis rouges. Des mandibules aux antennes, la construction des fourmis est parfaite, avec tout ce qu'il faut de créativité dans leur physionomie pour profiter pleinement de leurs différents émois. La guerre étant déclarée, l'assaut a lieu et les scènes de combat, agrémentées d'effets spéciaux, n'ont rien à envier à Star Wars (George Lucas, 1977 -) mais nous y font indubitablement penser. Par le plus heureux des hasards, l'attachante Minuscule, petite coccinelle ayant fui les siens, viendra en aide à la tribu des fourmis noires - devenue sa famille adoptive - au sein de ce combat de futurs diabétiques.

Est-ce une fille ou un garçon qui éclora de cette nature à la fois belle et sauvage ? Peu nous importe, finalement. Minuscule, c'est un combat de gamins autant qu'une image de la Vie, un tableau mêlant les bons, les mauvais, et ceux qui veulent seulement s'en sortir. Car cette petite coccinelle, à l'instar de bon nombre d'entre nous, n'est à sa place nulle part.
 
Le DVD, disponible aux Éditions Montparnasse, est enrichi d'un making of d'une trentaine de minutes d'un intérêt certain pour le spectateur désirant aller plus loin dans la découverte de l'univers de Minuscule. Hélène Giraud, Thomas Szabo et les techniciens du film n'hésitent pas à prendre la parole pour nous raconter l'histoire de cette grande aventure, alliage parfait de la magie et de la technique.

 
 
Minuscule : La Vallée des fourmis perdues d'Hélène Giraud et Thomas Szabo - DVD édité par les Éditions Montparnasse - Sortie le 23 août 2014.


Fiche du film


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