Les Ailes de l’espérance (Battle Hymn)
Article de Florent Dudognon
Au fur et à mesure des rééditions, les éditeurs nous permettent de redécouvrir des films, souvent tombés dans l’oubli. Tel est le cas des "Ailes de l’espérance", film du réalisateur allemand émigré aux Etats-Unis Hans Detlef Sierck, plus connu sous le nom de Douglas Sirk.
Distribué par Universal, le studio pour lequel Douglas Sirk a réalisé quelques-unes de ses plus grandes réussites (notamment "Ecrit sur du vent" et "Le Temps d’aimer et le temps de mourir"), Les Ailes de l'espérance est un pur mélodrame, genre fétiche du réalisateur. Dès le générique, le ton est donné par la musique, qui mêle sonorités martiales et chants religieux. Cette dualité, cette opposition entre le martial et le religieux constitue le cœur du récit, celui d’un pilote de l’US Air Force, Dean Hess - interprété par un Rock Hudson au jeu limité - rongé par la culpabilité après avoir causé par accident la mort d’enfants dans un orphelinat, et qui cherche désespérément la rédemption.
Le film se laisse regarder sans difficultés et possède peu de longueurs. Mené par un réalisateur aguerri, il offre même quelques très bons passages. Pur produit de studio, on s’amuse à découvrir des décors de carton pâte ou des ombres se projetant sur une toile censée représenter le ciel. Notons cependant que des décors extérieurs ont aussi été utilisés, notamment pour l’aérodrome ou certaines scènes aériennes, donnant un peu de profondeur à l’ensemble. De même, les effets spéciaux, s’ils prêtent parfois à sourire, sont plutôt maîtrisés et s’intègrent bien au film.
Mais le discours central, axé sur la religion, est trop présent et caricatural pour convaincre. Il oppose de façon exagérément manichéenne la guerre - le mal absolu (« the Evil ») - et la foi, considérée comme salvatrice. Ce manque de nuances provoque un enfermement du récit, alternant phases d’actions ou purement narratives, à des scènes vite répétitives d’interrogations existentielles des personnages, invariablement centrées sur la religion.
L’ensemble est donc plutôt mitigé, et Les Ailes de l’espérance n’est pas un chef d’œuvre, plutôt un très honnête produit de studio qui aurait peut-être mérité un scénario plus travaillé. A voir par curiosité.