Dragons et Princesses de Michel Ocelot sur Canal + Family

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Dix films de treize minutes, 300 personnages, 17 mois de labeur : quatre ans après nous avoir régalés d´ »Azur et Asmar », Michel Ocelot revient en grande forme avec « Dragons et Princesses », une série enchanteresse à l´antenne de Canal + Family cet automne…

Un dessinateur et ses deux jeunes assistants s’amusent à feuilleter des livres d’art et d’histoire(s), interprètant avec enthousiasme, déguisés de costumes créés pour l’occasion, les scènes que ces images leurs inspirent. De l’Inde au Pérou, en passant par l’Europe centrale ou l’Afrique, il est alors question de belles dames et de courageux héros qui affrontent monstres et autres méchants pour faire triompher l’amour et la tolérance. Cucul ? Pas du tout ! En tout cas pas plus que ne l’étaient les contes de Perrault ou de Grimm, récits d’apprentissage par l’expérience de la cruauté et de l’absurdité.
L’organisation manichéenne des mondes d’Ocelot a cela d’initiatique qu’elle a pour but de faire surgir la moralité de situations qui en sont dépourvues : les héros de Dragons et Princesses sont quasi systématiquement des personnages ostracisés par leurs pairs et qui ne se sortent de cette exclusion que par l’affirmation de leur individualité particulière et originale (loup-garou, joueur de tam tam prodigieux, maîtresse des monstres…). Point de super héros ou d’agents secrets à la M6 Kids, Dragons et princesses indiquant un retour aux sources des contes pour petits et grands et offrant une ouverture sur le monde grâce à la variété des folklores évoqués.

La forme est là pour étayer le fond : dans la lignée de Princes et Princesses, les ombres chinoises sur fond de camaïeux et les décors stylisés renforcent le côté onirique de la mise en scène : les personnages sont des silhouettes qui évoluent dans des décors féériques mais linéaires, sans profondeur, dans du « relief plat » (comme se plaît à le qualifier son auteur), donnant l’impression d’être au théâtre. Le principe récurrent de chaque épisode est d’ailleurs le jeu de chaque conte/pièce par deux enfants dans une salle de théâtre qui, par ses ombres projetées, par son exaltation de l’imaginaire et de la sensibilité, n’est pas sans rappeler la caverne de Platon, elle-même allégorie du cinéma.

Après avoir conquis le monde de l’animation avec ses longs métrages de cinéma, l’auteur de Kirikou et la sorcière s’accommode fort bien du format TV, en proposant ces contes fabuleux et cruels. 13 minutes s’avèrent être la durée parfaite pour distiller une narration qui va droit au but et ne s’embarrasse pas de la niaiserie et de la platitude semblant être monnaie courante dans les courts programmes animés pour enfants. Peu importe le politiquement correct – la mort, la vengeance, la méchanceté sont partout –, avec les moyens d’aujourd’hui, Michel Ocelot réinvente avec ferveur le merveilleux, nous met tant de la féérie plein les mirettes. A quand pareille magie sur les chaines publiques ?


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