Décadrage 2 : "La Fille de Paname" ou "Casque d'or" en BD


Décadrage 2 :

Voluptueuse et virevoltante, voici "Casque d’or", prostituée romanesque croquée en bande dessinée par Kas et Galandon. Avis aux cœurs tendres et aux amateurs de Belle époque.

Article de Elise Pinsson



Qu’elle est jolie, la « Lilie » du gars Matelot en 1898. Encore un peu naïve, mais tellement belle avec ses longs cheveux blonds et bouclés, sa taille fine et ses grands yeux clairs. Enfin, c’est ainsi que le dessinateur Kas immortalise Amélie Élie, au début de ce tome 1 de La Fille de Paname. Car celle que l’on appelait "Casque d’or" au début du XXe siècle n’est pas qu’une légende de cinéma*. Cette prostituée de la Belle époque a bel et bien existé, semant la zizanie parmi ses macs et ses amants des bas-fonds parisiens et faisant la joie des journalistes de l’époque.


 
Si cette Sissi du trottoir, voluptueuse et virevoltante, hypnotise dans la BD – à l’image de la « Vanessa » du Doc Gynéco de Première consultation : « T’es qu’un dessin mais j’veux t’animer… » – et paraît se trouver au-dessus de la mêlée des prostituées ordinaires, le lecteur a pourtant tôt fait de comprendre que la belle n’est pas tirée d’affaire. Certes, elle échappe aux tant redoutés travaux de blanchisserie et au quotidien misérable subi par ses parents, mais sa « petite gueule chiffonnée » ne semble lui attirer que des ennuis, d’un « amoureux » à l’autre, d’un bout de « ruban » (trottoir) au suivant.

Quoique cela dépend du point de vue adopté, car dans la BD, comme dans la réalité, Casque d’or ne se plaint pas de son « travail », participant aussi aux vols et aux agressions perpétrés par les Parisiens de la bande des Apaches lorsqu’elle en fait partie. Mieux, avec Casque d’or, la prostituée prend de plus en plus de poids dans la société. Sa mission, sociale et économique, s’impose, vitale : « Je fournis du rêve aux hommes qui en ont un urgent besoin, clame-t-elle vertueusement. Je soulage bien des épouses et sauve ainsi des couples mariés de la banqueroute. » Quid de la blanchisseuse ou de la prostituée ? Casque d’or, elle au moins, n’a pas les mains abîmées – ça compte !
 

 
Si l’on pourrait dès le tome 1 se lasser des frasques de Casque d’or la naïve, tombée dans la spirale infernale de la prostitution, et d’un romanesque qui tourne en boucle – l’histoire d’une jolie fille toujours amoureuse et un peu nunuche, pour caricaturer – le contexte de la bande dessinée, lui, captive. Le vocabulaire reproduit par Laurent Galandon, le scénariste, et les origines du XXe croquées par Kas permettent de la dévorer d’une traite.

Aussi, les Unes du supplément illustré du Petit journal, le quotidien de l’époque, reproduites (à l’identique ?) par les auteurs et qui rythment les aventures de Casque d’or, donnent-elles la température d’un début de siècle agité et sanguin. La presse à l’époque servait de catalyseur à ces histoires d’amour ou de fesses, soi-disant merveilleuses ou sordides, puisqu'alors les dessins et les caricatures étaient les seuls moyens de communication pour un public friand de faits divers. D’où, certainement, la popularité de Casque d’or qui, selon Madeleine Leveau-Fernandez, auteur d’une biographie romancée d'Amélie Élie, avait fait déplacer les foules lors du procès de l’un de ses amants, en 1902.

Vivement le tome 2 !


La Fille de Paname, de Kas et Galandon, éditions Le Lombard, 68 pages (genre : historique)



* Casque d'or, de Jacques Becker, 1952. « Un menuisier dansait », une chanson de Serge Reggiani, a été écrite en hommage au film et à Simone Signoret.
 



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