Dans Paris




Dans Paris est un de ces films où le début commence par la fin.

Après avoir entraperçu la fin de l’histoire, le spectateur est pris à part par Louis Garrel (Jonathan) qui fait alors une brève introduction au récit et l’informe de ce qu’il doit connaître pour comprendre la suite.
Il y a un an de cela, Paul a quitté Paris avec Anna et Lou (le fils d’Anna) pour aller s’installer à la campagne, dans le centre de la France. Leur amour, si fort au début, se dégrade. L’amour est toujours là mais s’y ajoutent la haine et le mépris. La confusion des sentiments s’installe. Une dispute éclate et se transforme très vite en rupture.
Paul rentre alors sur Paris et retourne chez son père où vit encore Jonathan, son frère, étudiant « je m’en foutiste » qui ne rêve que d’évasion (ou de fuite ?).

Le film, qui se déroule en une journée, parle de l’amour fraternel, de la difficulté de s’entraider, de communiquer et de se comprendre au sein d’une famille. « On ne peut rien contre la tristesse d’autrui ».
Pourtant, chacun essaie. Mirko (Guy Marchand), papa poule maladroit, se sent désemparé face à son grand fils déprimé. Marie-France Pisier, en mère partie et absente, tente elle aussi sa chance. C’est Jonathan qui, à sa manière, va aider son frère (mais peut-être est-ce lui qui a réellement besoin de l’aide de Paul ?). Tout commence par le stupide pari qu’il fait avec Paul d’arriver au Bon Marché (pour ses vitrines de Noël superbes) où ils allaient lorsqu’ils étaient petits, en trente minutes très exactement. On suit alors sa folle journée Dans Paris ; tandis que Paul reste cloîtré dans l’appartement, Jonathan parcourt les rues et essaie, à sa façon, de lui donner du plaisir par procuration grâce aux différentes rencontres qu’il fait sur son chemin. Il décide de vivre pour deux vu que le deuxième ne veut plus vivre.

Ce troisième film de Christophe Honoré (Dix-sept fois Cécile Cassard et Ma mère) a le mérite de réunir deux bons acteurs qui n’avaient jamais joué ensemble, et d’inverser la logique. En effet, Romain Duris que l’on voit habituellement en jeune homme énergique et très actif se retrouve ici dans un rôle interne, secret, quasi immobile. Quant à Louis Garrel, campant souvent un personnage introverti, il enfile Dans Paris le costume d’un jeune étudiant désinvolte et formidablement drôle.

La mise en scène, à de nombreux moments, se rapproche de celle d’une pièce de théâtre. L’histoire est rythmée par la danse qu’exécutent trois des personnages (le père, la mère et le frère) avec leurs va-et-vient dans l’univers réduit du quatrième (la chambre de Paul). Les dialogues, très littéraires, appartiennent parfois plus à l’univers théâtral qu’à celui du cinéma.
Le spectateur se laisse bercer par les flots de la Seine en hiver ; il se laisse porter par le récit et se balade Dans Paris aux côtés de Jonathan. La magnifique musique d’Alex Beaupain l’envoûte.

Mais cela ne suffit pas à faire de Dans Paris un grand film, comme ses grands frères de la Nouvelle Vague dont il s’inspire. Le film rate sa fin et Christophe Honoré, après ce cheminement, n’aboutit nulle part. On a ce sentiment étrange qu’il manque quelque chose au film, sans vraiment savoir quoi.


Fiche du film


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