Football infini


Football infini

Un film de Corneliu Porumboiu

Le grand réalisateur roumain nous avait habitués à des chefs-d’œuvre. Son dernier film nous dérange à plus d’un titre.

Article de Jean-Max Méjean 1 étoile



Attention ceci n’est pas un film sur le football

Trois ans après son magnifique Le Trésor, programmé dans la section Un certain regard à Cannes en 2015, Corneliu Porumboiu, qui occupe une place primordiale dans le très spécial cinéma roumain, revient avec un documentaire déconcertant qui ne parle pas que de football. Déconcertant en effet car c’est bien le genre de film qui vous laisse à la fois un souvenir quasi-inoubliable mais qui, en même temps, vous ennuie profondément et vous fait douter de votre intelligence. En fait, ce documentaire assez court d’une heure et dix minutes se divise en trois parties si l’on veut bien, et qui posent bien sûr des questions au spectateur s’il ne s’est ni enfui, ni endormi. La plus importante est l’entretien que Corneliu Porumboiu a obtenu avec l’un de ses amis, haut fonctionnaire à la Préfecture du chef-lieu de Vaslui où il demeure en Roumanie et qui devient, nuitamment, un penseur inquiet qui tente de modifier les règles du football pour le rendre infini et permettre à la Roumanie de laisser son nom dans l’histoire du sport. Cela aurait pu être une idée de génie, ou en tout cas une idée drôle, si le film était traité d’une manière différente. Pourtant le haut fonctionnaire, Laurentiu Ginghinà, est plutôt sympathique pour quelqu’un qui occupe une position si rébarbative. D’ailleurs, dans une deuxième partie du film qui ne parle pas de football, Corneliu Porumboiu a bien pris soin de nous le montrer sous son meilleur jour, en train de rassurer et de s’inquiéter pour une vieille dame venue à la Préfecture tenter de résoudre un sombre problème de cadastre qui traîne depuis la fin des Ceausescu. On voit donc notre footballalogue prendre la peine d’appeler divers services qui, bien entendu, ne répondent pas pour finalement donner l’assurance à la vieille dame qui partira (presque) satisfaite sur ses trois pattes. Mise en scène de documenteur, ou réalité idyllique ? Ça nous donnerait presque envie de partir vivre en Roumanie ! Enfin, la troisième partie du film, et qui donne l’impression d’un film inachevé ou fait de bric et de broc, c’est celle où le réalisateur filme un long travelling, très lent, censé être filmé à l’intérieur de la voiture, où l’on entend la voix-off du principal protagoniste qui évoque la philosophie platonicienne.
 


Une discussion platonicienne


C’est pourquoi, devant un tel projet ambitieux, on comprend mieux l’étonnement du haut fonctionnaire lorsque le réalisateur roumain lui a proposé de réaliser ce documentaire sur lui, comme il le confie au dossier de presse du film : « Je n’ai jamais demandé à Corneliu de faire un film sur mon sport. Quand il m’a appelé en septembre 2016 pour me faire part de son idée, j’ai cru que c’était une blague. Puis, il m’a rappelé avec plus de détails. J’ai donc pensé : "Ce n’est pas une blague, mais d’ici quelques jours ou quelques semaines, il va me rappeler pour me dire que le tournage est repoussé ou annulé pour de bon. » Il n’en fut rien puisque le résultat est là devant nos yeux ébaubis. Comme, en plus, le film sort au moment de la Coupe du Monde de football, ce sera intéressant de lire ou d’entendre les commentaires des footeux dans les journaux spécialisés.
 


De bric et de broc ?

C’est sûr qu’il y aura, au mieux, de la perplexité, au pire des grincements de dents car ce film n’est en rien une ode au football mirifique et à ses effets sur la société et l’humeur des citoyens de plus en plus captifs des jeux modernes. Laissons le mot de la fin au réalisateur qui s’exprime ainsi dans le dossier de presse de son film : « Après le tournage, lorsque Laurentiu est venu me rendre visite à Bucarest, nous avons eu cette discussion philosophique que j’ai placée à la fin du film. Il m’a semblé logique de monter ce dialogue utopique sur un lent travelling de la route en écho à la marche solitaire de Laurentiu. Le dessin animé du générique provient du générique d’une émission de télévision russe. Je trouvais que ces images résonnaient avec le désir qu’avait Laurentiu de vivre dans une forêt. » Les spectateurs, amateurs ou non de foot, jugeront.


Fiche du film


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