Daphné


Daphné

Un film de Peter Mackie Burns

Avec Emily Beecham, Geraldine James

Un portrait de femme (ou presque).

Article de Kenza Vannoni 1 étoile



Cynisme quand tu nous tiens

Daphné
est un film à l’image de son personnage principal : cynique.
On regrette que son réalisateur — Peter Mackie Burns— n’ait pas cru davantage à son propre film, tant il ne va jamais au bout des thèmes qu’il aborde, à savoir la maladie, la filiation et l’amour. Il se contente de tirades philosophico-cyniques vues et revues : « l’amour est une illusion qui nous rapproche pour la reproduction de l’espèce ». D'accord, mais que fait-on une fois que l'on a dit ça ?
« Le cinéma est une enquête sur ce que les gens ont dans la tête » disait John Cassavetes, flagrante inspiration du réalisateur, et pourtant ici l’enquête en restera au stade « état des lieux ». Le film ressemble un vélo à une seule vitesse qui ne change jamais de rythme, de ton, ou de registre, où même la valeur de plan semble fixée à jamais à un presque gros plan trop timide.
 


Portrait de qui ?

Tout au long du film, nous avons l’impression que le réalisateur est resté sur le pas de la porte. Un portrait de femme qui ne s’approche pas assez de la femme qu’il peint. Daphné est une pâle ombre des pertes d’équilibre enivrées de Gena Rowlands, mille fois moins intéressante que la rousse de Deep End (Jerzy Skolimowski, 1970) dont elle est le sosie. Quelque chose de pas abouti fait qu’on ne s’attache pas à elle. Emily Beecham nous intrigue, mais jamais la caméra n’ose l’approcher assez ou être là au moment où quelque chose se passe, comme si le réalisateur la regardait mal, comme un bel objet, sans chercher à la percer. Et pourtant l’actrice rayonne, les yeux jamais maquillés, quelque chose de particulier en émane, mais on sent en même temps que l’on passe à côté de ce qu’elle a à donner. Les phrases prononcées sont maladroites, lourdes de référence, et à peine drôles. Le problème du film est que l’on n’entre jamais dans la fiction, on sent constamment les manques du scénariste comme du réalisateur.
« Je ne voulais pas filmer mon personnage en gros plan. Je me suis dit qu’il valait mieux ne pas trop traquer Daphné car elle garde ses distances avec les gens d’un point de vue psychologique » Alerte non-sens. Ne pas nous donner l’intériorité du personnage sous prétexte que les autres personnages n’y ont pas accès ? S’il était allé au bout de son désir de vraiment filmer son actrice et de suivre son personnage, le film aurait été tout autre. Il suffit d’imaginer Une Femme sous Influence (John Cassevetes, 1974)en retirant tous les gros plans et l’oeil acéré de Cassavetes pour comprendre que ça ne marche pas.

Alors que les premiers plans étaient pleins de promesse par une image virtuelle annonçant un personnage aux milles facettes - on nous la montrait sur un escalator le visage reflété et explosé par un miroir en débris - la suite du film passe complètement à côté.
 



Bonjour tristesse

Un film dans la lignée des films où il ne se passe rien, sans la pointe de folie qui leur donne une contenance, un film triste, où l’on voit une serveuse démoralisée couper et servir ses carottes aux clients, à multiples reprises sans pour autant prendre le véritable parti pris de filmer l’épuisement d’un corps devenu machine. Après le portrait de Jeune Femme que nous offrait Leonor Serraille il y a quelques mois de ça, Daphné paraît bien plat.



Fiche du film


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