Nobody's Watching


Nobody's Watching

Un film de Julia Solomonoff

Avec Guillermo Pfening, Elena Roger

Pour son troisième long métrage, Julia Solomonoff propose ici un portrait de New York, une réflexion sur la gloire mais aussi une dénonciation du star-system.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



Portrait de New York

Sans en avoir la force ni le charme, le troisième long métrage de Julia Solomonoff, Nobody’s Watching, s’inspire peut-être un peu de Macadam Cowboy de John Schlesinger (1969). Mais en lisant le dossier de presse, on s’aperçoit que la réalisatrice, qui est aussi professeur de cinéma à New York qu’elle connaît donc bien, nous offre à la fois un portrait de la ville, mais surtout une réflexion sur le succès et le paradoxe du comédien. En effet, en mettant en scène Nico qui a quitté l’Argentine alors qu’il interprétait un homme dans le coma dans une telenovela, elle nous propose aussi un miroir sur le travail du comédien. Déjà dans le coma dans son pays d’origine, Nico à New York est devenu anonyme. Il fait des petits boulots pour survivre, notamment baby-sitter qui lui permet aussi de découvrir cette tendresse qu’il a en lui, mais à New York, il n’est plus rien. Même les caméras de surveillance du grand magasin où il a l’habitude de dérober quelques articles ne le voient pas car il n’est jamais inquiété. D’où le titre qu’on pourrait traduire par : « Personne ne regarde » et c’est en effet le cas pour lui. La seule personne qui le regarde vraiment, et non par le filtre d’une projection ou d’une idéalisation, est ce petit bébé qu’on voit grandir tout du long et qui regarde attentivement Nico comme pour l’apprivoiser et le rassurer.
 



Dans les yeux d’un bébé


« Après avoir vu New York dans les séries ou les fictions, déclare Julia Solomonoff, on a l’impression de connaître la ville mais elle ne nous connaît pas. C’est une invitation à se perdre dans ses rues car on sait qu’on pourra retrouver son chemin. Mais il y a une différence entre visiter New York et y vivre. C’est une ville beaucoup plus dure qu’il n’y paraît. C’est l’expérience amère que fait mon personnage. Il se confronte à cette illusion d’appartenance à une ville qui le rejette. » Et ce rejet est d’autant plus difficile à vivre pour lui car le Sud-Américain n’est pas habitué à vivre de façon aussi isolé, il a besoin de se sentir appartenir à une classe, ou tout du moins à un groupe social. C’est d’ailleurs ce qu’il réalise sans le savoir ni le vouloir vraiment avec le groupe de nounous qui promènent aussi « leurs » bébés dans le square qu’il a l’habitude de fréquenter et qui finissent par lui donner des conseils et le prendre en sympathie, après avoir dépassé la méfiance face à cet homme solitaire qui s’occupe (mal) d’un nourrisson.
 


Sortir du coma

Le point d’acmé du film est l’arrivée inopinée de son camarade de telenovelas pour lequel il est obligé d’improviser une mise en scène pour faire illusion sur sa situation financière à New York. Cette visite le renvoie finalement à son amour pour un homme qu’il a quitté, mais surtout à sa condition de comateux exilé. Ce n’est pas pour rien qu’il prendra conscience de tout cela en se regardant dans le miroir et qu’il aura la force de revenir en Argentine pour mieux rompre avec toutes ses chaînes. On frôle ici le pathos, voire le mélo, des telenovelas qui ont fait la réputation des télévisions latinos, mais tout en se gardant d’en conserver tous les codes et les clichés. « A la fin, déclare la réalisatrice dans le dossier de presse, Nico est capable de couper ces liens. Il est symboliquement mort. Je viens du pays des disparus. En Argentine, sous la dictature militaire de Pinochet, on ignorait ce qui arrivait aux gens enlevés… Ce qui explique que dans mon pays, on préfère les défunts aux fantômes. Nico a renoncé aussi à cette idée narcissique du succès. Il s’est libéré de la pression liée à la nécessité de réussir. En acceptant l’échec, il peut enfin renaître. »


Fiche du film


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