My Wonder Women


My Wonder Women

Un film de Angela Robinson

Avec Luke Evans, Rebecca Hall

"Wonder Women" serait le fruit des mœurs anticonformistes de ses auteurs ! Un point de vue séduisant qui manque cependant d'aspérités.

Article de Jean-Michel Pignol 2 étoiles



Harvard, le psychologue Richard Marston est fortement intrigué et attiré par l’une de ses étudiantes, Olive Byrne. Avec l’accord ambigu de son épouse Elisabeth, il engage la belle jeune fille comme assistante dans leurs recherches sur le comportement humain, qui s’appuie notamment sur l’invention du détecteur de mensonges. Les relations passionnelles et érotiques du triumvirat vont donner naissance à la plus célèbre des super-héroïnes. Partant de faits biographiques réels, le scénario de My Wonder Women ouvre la porte fantasmatique de la chambre de ce trio libertaire et provocateur, dont les jeux érotiques auraient inspirés la force coercitive de l’invincible Princesse Diana. Le point de vue adopté par Angela Robinson, dont c’est ici le premier film, ne manque pas d’audace et de piment. Si on ne peut pas reprocher à la réalisatrice de se disperser trop longuement à l’extérieur du foyer, on ne peut que regretter l’académisme qui bride ses intentions.
 



Perfect Woman


Pour convaincre sa femme d’accepter l’immersion d’Olive dans leur existence, Richard (Luke Evans) s’exclame « Elisabeth, c’est avec vous deux que je veux vivre. Avec toi, pour ton intelligence et ta force et avec Olive, pour la pureté de son cœur. Votre réunion constitue l’idéal féminin ». L’accord entre les parties ne sonne heureusement pas le triomphe des sempiternels fantasmes machistes. Bien au contraire, Angela Robinson entend bien réhabiliter la position féminine, reléguée par l’histoire en arrière plan jusqu’à ce jour. Ainsi, la passion amoureuse entre les deux femmes va rapidement occuper le cœur de l’histoire, perdurant même après la disparition de l’époux. Malicieusement, la hiérarchie habituelle dans les rapports homme-femme se retrouve inversée. Si l’on recherche un peu d’épaisseur et de complexité dans la nature humaine, c’est vers Olive (Bella Heathcote) et surtout Elizabeth (Rebecca Hall) qu’il faut se pencher. Progressivement, le personnage masculin perd, quant à lui, son rôle moteur dans la progression du récit. Sans les idées et l’énergie de ces deux compagnes Richard n’aurait jamais pu devenir le créateur de Wonder Woman. Cette inversion des statuts se retrouve également dans le regard porté par la caméra, qui s’intéresse d’avantage au buste parfaitement sculpté de l’acteur plutôt qu’à ses tourments intérieurs. Pour apprécier le talent du comédien, plutôt regarder L’Alieniste, la mini-série diffusée actuellement sur Canal Plus.
 



Cinquante nuances de Grey


Angela Robinson a l’intelligence de ne pas trop s’appesantir sur l’incapacité de la société à tolérer des mœurs qui dérogent à la morale de l’époque. De même, on appéciera la relative parcimonie avec laquelle des parallèles sont établis entre la vie des auteurs et les personnages de la bande dessinée. Ce refus de l’attendu fonctionne bien dans la première partie du film ; très séduisante de par son sens du rythme et sa petite touche de provocation. L’intimité du trio semble un sujet trop sérieux pour ne pas rester dans cette légèreté de ton. Côté cœur, si l’ensemble fleure un peu trop les bons sentiments et flirte parfois avec les clichés sur l’amour libre, on veut bien croire à la sincérité des passions. Côté corps, il y a de quoi rester circonspect. Quel est l’effet recherché ? Nous choquer, nous émoustiller ou nous faire sourire ? La mise en scène (terme trop flatteur) ne recule devant aucun effet éculé. Une esthétique clipesque qui déploie tout l’arsenal du porno très soft : tub musical, lumière tamisée, couleurs saturées et même quelques ralentis. La soumission et le bondage ne seraient que douceur ? Une main de fer dans un gant de velours. Qui peut prétendre résister à Wonder Woman ?
 


Fiche du film


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