Don't worry he won't get far on foot


Don't worry he won't get far on foot

Un film de Gus Van Sant

Avec Joaquin Phoenix, Jonah Hill, Mara Rooney, Jack Black

Un film embrouillé et pesant, comme les nuits trop alcoolisées de son personnage principal.

Article de Lucile Marfaing 2 étoiles



Le dernier film de Gus Van Sant, biopic consacré à la vie de John Callahan - dessinateur aux cartoons piquants, alcoolique de longue date puis paralytique, cloué dans un fauteuil roulant à vie après un accident de voiture conséquemment à son addiction éthylique - présentait un contenu lourd mais, pourquoi pas, prometteur. Le geste artistique du cinéaste pouvait laisser attendre une finesse dans la caractérisation du créateur de dessins, perdue depuis quelques films maintenant…Hélas, l’œuvre ne va pas plus loin que son titre, elle se révèle même lourdement indigeste, usant du même type de ressorts dramatiques appuyés et fatiguants qui avaient fait le naufrage cinématographique de son précédent long métrage, Nos Souvenirs (2015). A sa vision, on se dit qu'il est plus que temps que le réalisateur américain recrée, dans les années à venir, une production qui retrouverait la puissance esthétique qu'il avait su développer dans ses films allant de Gerry (2002) à Paranoid Park (2007).

Séance de psy embuée

L’existence accablante de Callahan (une vie rongée par l’alcoolisme que le film explique de manière balourde par l’abandon de sa mère lorsqu’il était enfant) vient se dire dans des réunions pour alcooliques anonymes où chacun vient déposer un peu de son poids de vie de galérien en parlant et en échangeant. Il y a l’héritier perdu atteint du sida (Jonah Hill), la fille atteinte d’un cancer du cœur (Beth Dito) ou la femme lasse et perdue (Kim Gordon). Mais ce casting insolite et plutôt talentueux s’oublie face à une succession de séquences au bavardage cathartique usant. Le film s’embrouille dans des dédales de flash-back et de montage alterné qui, superposés à des dialogues en lieux communs, rendent l’œuvre inaboutie et superficielle dans son décor eighties. Tant et si bien que ces personnages cassés, dont on sent pourtant la tendresse que Gus Van Sant a pour eux, apparaissent vidés de leur substance, jusque dans les outrances de jeu de Joaquim Phoenix.
 


Dessins anecdotiques

Le levier du film : la renaissance de Callahan grâce à ses dessins et au talent qu’il développe et fera sa renommée, n’est qu’esquissé. Quelques inserts et gros plans sur Callahan en train de croquer ses dessins sont intercalés de façon sommaire entre les différentes séquences du long métrage (l'oeuvre s'ouvrait pourtant sur ces dessins, de manière plus approfondie). On ne peut donc prendre la mesure de leur contenu acide et irrévérencieux et c'est laissé par là une matière riche à exploiter. En définitive, les individualités brisées et leur itinéraire de reconquête mis en scène ici passent au second plan au profit d’un « bruit » dramaturgique alourdi. Les êtres marginaux ou abîmés représentés, malgré la bienveillance poétique que leur confère le cinéaste, ces âmes à fleur de peau que l'on retrouve dans ses films, sont perçues dans celui-ci comme des figures de désespoir anecdotiques, en dépit du chemin de rédemption et de reconquête de soi qui les motivait tous.


Fiche du film


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