Chien


Chien

Un film de Samuel Benchetrit

Avec Vincent Macaigne, Bouli Lanners, Vanessa Paradis

Canin amorphe.

Article de Lucile Marfaing 2 étoiles



Le dernier film de Samuel Benchetrit, Chien, adapté de son roman éponyme, s’ouvre sur un gros plan sur le visage hagard de Jacques (Vincent Macaigne), contraint de quitter le domicile familial quand sa femme Hélène (Vanessa Paradis) lui annonce que sa présence a déclenché chez elle une maladie de peau très rare, qui l’a fait se gratter incessamment dès lors qu’il se tient près d’elle. Jacques est-il un sac à puces ? Ce rejet, contre lequel il ne lutte que peu, animé d’une déroutante mollesse, va en tout cas le mener vers une étrange conversion canine. Un avenir de chien qui semble davantage plaire à son fils que sa présence paternelle.
 


Métabolisme de la sinistrose

Avec cette oeuvre, le cinéaste continue de creuser le sillon poétique amorcé avec J’ai toujours rêvé d’être un gangster (2008), où une loufoquerie grinçante prenait vie au contact de personnages indolents et décalés, dans un quotidien blasé qui tournait au ralenti. Une veine personnelle où l’humour noir et la figure de l’amorphe s’étiolaient un peu dans Asphalte (2015), à travers une mise en scène esthétisante qui multipliait les plans d’ensemble dans une suspension qui figeait et où une galerie de personnages peinait à prendre véritablement vie dans une topographie péri urbaine blafarde relevant plus d’effets de plan que de saynètes.

Benchetrit pousse d’un cran la sinistrose, à travers la figure apathique qu’interprète Macaigne, déployant son personnage dans le même type de décor qu’Asphalte : zones industrielles, parkings, ciels crus et gris, monde en perte de vitesse où les entreprises en « liquidation totale » survivent dans un silence monacal, aussi en chute libre que Jacques et une animalerie cafardeuse, tenue par un homme (Bouli Lanners) au tempérament de chien d’attaque...
 


Dressage raté

Le problème de Chien est qu’il ne va pas au-delà de la synthèse visuelle qu’en propose son affiche, qui montre le visage ensanglanté de Jacques, affublé d’un regard qui, malgré ses larmes, semble apprécier les coups de crocs qu’il reçoit. Le propos du cinéaste a tendance à glisser sur ses sujets : son décor, ses personnages. Comme ses séquences d’un humour qui ne décolle pas vraiment (un chien qui ressemblerait à Hitler), loin de la réussite burlesque de son premier film, le long métrage se complait dans l’accablement de son personnage, sans transfiguration aucune, ni même une raillerie salvatrice ou un pied de nez bienvenu. Le caractère candide de son personnage docile au monde s'évapore peu à peu. Le film semble se ratatiner comme Jacques dont la métamorphose en chien et le dressage forcé par le gérant de l'animalerie, ne le refont pas tenir sur ses deux pattes d'homme et ne réalisent pas sa confirmation de chien. La métamorphose méthaphorique à l'oeuvre n'était pourtant pas une mauvaise idée. Mais le film se déploie finalement dans le même état végétatif perçu dans le regard de Jacques dès le premier plan et se scelle sur un avenir plus servile que fidèle. Loin de la liberté, recroquevillé dans une niche.


Fiche du film


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