Mala junta


Mala junta

Un film de Claudia Huaiquimilla

Premier long métrage chilien sur la tragédie des Indiens Mapuches, "Mala Junta" renoue avec le cinéma militant.

Article de Jean-Max Méjean 3 étoiles



Mala Junta, qui pourrait se traduire par « mauvais conseil », est le premier long métrage d’une jeune réalisatrice chilienne, d’origine Mapuche, Claudia Huaiquimilla. Comme son premier courtmétrage, mention spéciale du Jury en 2013 au festival de Clermont-Ferrand, Saint-John, the longuest night, Mala Junta traite encore une fois du conflit qui secoue le Chili, et plus particulièrement les terres ancestrales de sa famille, victimes d’une dévastation sans précédent due aux grandes usines de cellulose.

Mauvais conseil ?

Ce premier film est une merveille, surtout qu’il révèle le talent de deux jeunes acteurs, Andrew Bargsted et Eliseo Fernandez, qui se complètent dans des rôles différents et se répondent en créant, peu à peu, une amitié indéfectible comme le met très bien en images le dernier plan du film où les deux adolescents se rejoignent et se répondent par un seul geste quasiment invisible par les autres protagonistes, et seulement par les spectateurs attentifs. On doit souligner l’importance de cette première œuvre, non seulement parce qu’elle nous informe sur un problème (encore un !) dont on parle peu en Europe : la maltraitance des Indiens d’Amérique du Sud et leur volonté d’exister dans ce pays qui a connu de nombreuses tragédies, mais aussi sur le climat politique actuel de ce pays qui a longtemps fait parler de lui.
 


Basé sur des faits réels


Le film se base d’ailleurs sur une histoire vraie, un événement qui avait beaucoup choqué au Chili lorsqu’on avait découvert le corps sans vie d’une jeune Mapuche, sur une route seulement utilisée par les policiers. Ce sont ces révoltes que le film retrace ici en se servant d’un jeune rebelle, magnifique Tano, qui fait les 400 coups et qu’on envoie chez son père qui vit près d’un village Mapuche au fin fond de la forêt pour qu’il se calme, retiré des tentations de la ville. C’est en se liant peu à peu d’amitié avec un jeune Mapuche de son lycée, Cheo, qui est maltraité qu’il changera les raisons de sa colère pour la transformer en lutte pour la liberté du peuple Mapuche, n’étant pas lui-même Mapuche. De rebel without a cause, il deviendra enfin adulte en protégeant le faible et en devenant responsable de sa révolte.

Film très maîtrisé


Outre le fait qu’il s’agit d’un film très maîtrisé, il faut le défendre et en permettre la sortie parce que le Chili n’en produit pas beaucoup. Par ailleurs, comme le fait remarquer Claudia Huaiquimilla, « au Chili, c’est très difficile de faire un premier film, surtout si on n’a pas soi-même d’argent. Je crois, poursuit-elle, que le principal obstacle, au-delà du fait d’être une femme, a été un obstacle économique, car si personne ne vous connaît, personne ne vous finance. Notre tâche primordiale a donc été de nous attirer la confiance des personnes et des institutions et cela prend du temps. » Ce film dont le coscénariste, Pablo Greene, est aussi producteur, contribue, en effet, à la renaissance d’une sorte de cinéma militant, et cela fait du bien par les temps qui courent.


Fiche du film


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