Jusqu'à la Garde


Jusqu'à la Garde

Un film de Xavier Legrand

Avec Léa Drucker, Denis Ménochet

La justesse des acteurs et l’intelligence de la mise en scène font de "Jusqu’à la garde" une expérience glaçante.

Article de Marion Roset 3 étoiles



Les Besson divorcent. Miriam (Léa Drucker) réclame la garde exclusive de leur fils Julien (Thomas Gioria). Quant à Joséphine, bientôt majeure, ce sera à elle de décider si elle souhaite vivre avec sa mère ou avec « l’autre », comme elle le nomme. L’autre c’est Antoine (Denis Ménochet), bien décidé à voir son fils une semaine sur deux malgré le refus affiché de ce dernier et malgré les accusations de violence portées à son encontre. Le divorce, les violences conjugales…le film à message attendrait donc le spectateur au tournant. Excepté qu’il n’en est rien. Débutant à la manière d’un drame naturaliste, le premier long métrage de Xavier Legrand a vite fait de virer au thriller, voire au film d’horreur qui terrifie beaucoup plus qu’il ne pontifie.

Dura lex sed lex

La séquence d’ouverture, en même temps qu’elle rend inexorable le drame à venir, instille un doute qui bouscule sans toutefois tomber dans la manipulation de spectateur. Le premier quart d’heure voit en effet l’audience du couple devant une juge, entouré de leurs avocates respectives : la juge lit la lettre de Julien exprimant son refus de voir son père, les avocates déclinent les revenus et la situation de leur client, la violence du mari est évoquée pour être sitôt remise en cause par la partie adverse. Miriam est aussi tendue qu’Antoine semble absent à lui-même et aux autres, chacun affirmant seulement vouloir le bien des enfants avant tout. De ce couple, figurant de son propre divorce, on ne connaît pour l’instant que ce que les autres en disent, comme on se fierait aux témoignages des voisins au lendemain d’un quelconque fait divers. Peut-être Miriam exagère-t-elle, peut-être qu’Antoine n’est pas aussi violent que cela. Après tout, la garde alternée lui est accordée. Mais à mesure que le réalisateur quitte ce point de vue extérieur – celui des faits et des preuves – pour entrer dans le quotidien de cette famille brisée, la tension ne cessera de monter nous prouvant combien nous avions tort de douter…


Sueurs froides

Le film se resserre alors, autant au niveau de la narration qu’à celui de la mise en scène, sur Julien, onze ans, ce fils au centre de la crise. Isolé à plusieurs reprises en gros plan ou filmé à l’ombre écrasante d’un père inquiétant, c’est d’abord par lui que passe cette peur diffuse qui s’épaissira au fur et à mesure. Et pour exprimer cette crainte omniprésente, Xavier Legrand use de moyens aussi simples qu’efficaces. C’est d’abord le corps massif d’Antoine, et son regard tantôt vide tantôt agressif, qui souffle le chaud et le froid en permanence. Et on ne sait plus si c’est pour l’étouffer ou l’étreindre qu’il enlace Miriam. Mais la menace s’exprime surtout par le biais de la bande-son. Le bruit de la fermeture automatique des portières, la sonnerie d’un interphone, des coups frappés à une porte, une fluctuation dans la voix, une dispute qui éclate hors-champ, tous les sons renforcent cette sensation de menace omniprésente qui réduit, à chaque fois un peu plus, la liberté de mouvement des personnages. Comme si l’issue était prévisible depuis le départ sans que personne ne puisse rien y faire. La violence est en latence dans chaque plan du film, jusqu’à ce qu’elle éclate finalement dans une dernière séquence proprement terrifiante. Impossible d’oublier de sitôt la peur ressentie face à ce film.


Fiche du film


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